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Non à l'ordre médical (mort à l'euthanasie) !

La position prise dans Terre & Peuple n° 47 à propos de l'euthanasie est un peu floue. Pour tout dire, elle se trompe d'adversaire, du combat à mener, et de la chose même dont il est question.

        1) D'abord, l'adversaire est-il « le milieu nationaliste catholique » ou plutôt « les catholiques » en général ?

Soyons précis : en l'occasion, l'adversaire est tout simplement M. Jérôme Bourbon de Rivarol, car c'est bien lui qui (dans le n° 2984 dudit journal) soupçonne un complot maçonnique à la base du projet de loi UMP-PS-PC visant à légaliser l'euthanasie. Vous me direz que ce Bourbon est un obsédé des loges et des lobbies ?

C'est possible; n'empêche que si tous les cathos étaient comme lui, nous n'aurions pas un seul souci: nous causerions tranquillement entre nous pour et contre le monothéisme, sans jamais avoir croisé un niqab dans la rue, et sans jamais avoir entendu parler des « six grandes religions de France ». Un catholique de ce genre est un catholique sans pape – comme il y a des royalistes sans roi, des traditionalistes sans tradition, et des nationalistes sans nation. Tout bien considéré, nous ne sommes pas là en mauvaise compagnie.

       

         En vérité, le catholicisme en France a déjà cédé la place à une nouvelle religion qui en est à la fois le calque et la caricature: c'est l'ordre médical. Ça marche !

Au lieu de me confesser, je raconte ma vie au toubib, au « psy ».

La pharmacie me propose toutes sortes d'encens et de pain bénit : l'absolution, comme auparavant, s'achète. Le baptême ?

C'est la vaccination !

Hors du sérum, point de salut ! Et n'oublions pas la prise de sang – désormais le sacrement des sacrements (« Hic est sanguis meus »). Il est vrai qu'il ne s'agit plus du Saint Esprit, mais plutôt, si vous voulez, du corps immonde; toutefois, si cette machination a pris, avec ô combien de succès, c'est qu'elle répond aux mêmes désirs que l'ancienne religion.

 

         C'est pourquoi vous pouvez considérer, à votre gré, ce culte du « corps immonde » ou bien comme la négation absolue du catholicisme – ou bien au contraire comme son aboutissement dialectique (car le corps, dans le catholicisme, était toujours ambigu). Mais de toute façon c'est lui l'ennemi actuel. Et voilà pourquoi je m'oppose au projet de loi en question, car la légalisation de l'euthanasie ne vise, bien sûr, qu'à renforcer l'ordre médical et son emprise sur la vie des hommes. - Que l'homme libre soit maître de sa propre vie, donc de sa propre mort, je suis tout à fait pour! Mais cette liberté et cette maîtrise ne sauraient être dues à une loi de la République, cela va sans dire. Une telle loi ne pourrait qu'entraver ma liberté, dans la mesure où je n'aurais plus le « droit » de mourir sans, par exemple, « l'aval de deux médecins » (comme en Belgique). En clair: sans la bénédiction du nouvel État-Église prophylactique. Que personne ne meure sans « l'assistance » de l'ordre médical !

 

         La réalité est beaucoup plus simple : ou bien je suis un homme parfaitement libre : dans ce cas je ne demande l'avis – et encore moins l'aval - de personne ; ou bien je suis un homme imparfaitement libre (vieux, malade, confus) et dans ce cas Teutatis me protège de toute immixtion de la part de l'État laïque !

Je dis non à toute « assistance » de cette sorte – non seulement au nom des forts (de ma propre hybris), mais aussi et surtout au nom des faibles (de ce grand-père que je n'abandonnerais certainement pas aux hyènes).

 

        2) Au fond, je dis non à la loi parce que c'est une loi et qu'une loi vise toujours à augmenter le pouvoir de l'État et diminuer le mien, sous quel prétexte que ce soit et aussi anodin que ça puisse paraître. Proposez-moi une loi qui imposerait de prendre son petit-déjeuner le matin, et je serai contre !

Et si, en effet, « Monsieur Badinter (...) a fait de l'assistance au suicide un délit punissable par la loi », cela ne dévoile pas une contradiction de la part de Jérôme Bourbon, mais montre au contraire la cohérence de la pensée « humanitaire » : seul l'État doit avoir le droit de me tuer ; que cela se fasse en famille, serait une abomination. C'est ce même délire totalitaire qui a produit un autre projet de loi, encore plus hallucinant : celui qui veut interdire non seulement la vente de toute médicine « naturelle », à base de plantes, mais encore « la culture dans les jardins de plantes médicinales [et] leur utilisation personelle » ! (voir Faits & Documents, n° 313).

Il s'agit donc de défendre la vraie liberté – qui n'est pas celle de « l'Homme » abstrait devant (c'est-à-dire toujours soumis à) la loi, mais celle des hommes, des femmes et des enfants qui vivent (et meurent) dans une communauté réelle et concrète.

 

        3) Finalement, il y a une confusion quant à la chose même : la Mort. Certes, risquer ou donner sa vie pour une noble cause est admirable, et je veux bien que ceux qui en sont capables constituent une « élite » (espérons toutefois qu'ils ne meurent pas tous d'un seul coup !). Cependant, il y a des modalités importantes qu'il faut expliquer :

       

        Un enfant, donc, ne doit pas mourir : pas question de l'« euthanasier »!

Quant à l'adolescent, il commence à comprendre l'enjeu de son existence, et il peut alors lui arriver d'avoir peur de mourir – vu les choses grandioses qu'il n'a pas encore accomplies ! - ou même de chercher une mort précoce et violente – puisque finalement ça fait moins peur que la vie. De toute évidence, l'ado n'est pas encore prêt : pas question non plus d'euthanasier un être qui, pour parler comme l'Oracle de Delphes, « ne se connaît pas lui-même ».

 

        Par contre, l'homme de 40 ans a normalement accompli ce dont l'homme de 20 ans ne faisait que rêver – que ce soit une œuvre, une famille, un combat...

Il est prêt (ou devrait être prêt) à mourir, et en plus il a toujours assez de force pour « le grand voyage ». Dans le cas d'une maladie grave, il est sans doute le client idéal pour Euthanasie & Cie. Mais attention: il y toujours un truc !

L'homme qui, dans ce cas, accepte la mort est l'homme sage et courageux, donc l'homme qui vaut – l'homme qui nous manquera. Par contre, le lâche et le parasite, celui qui n'a toujours rien accompli, tient à la vie. Cet Israélien de 74 ans (!) qui, au Kosovo, a acheté clandestinement le rein d'un pauvre Turc de 24 ans pour la bagatelle de 90.000 € (voir Minute n° 2494), n'est pas, si j'ose dire, le genre dont nous aimerions voir peupler la Terre.

Voilà encore une raison de s'opposer à toute cette industrie macabre et la législation qui la légitime : si elle permet aux dignes de mourir, elle autorise les indignes à vivre.

       

        Bref, comme disait Céline : « Sur ma pierre tombale, un seul mot : NON ! ».

 

 

Louis Nefer, Paris, mai 2011

 

 

 

Écrit par NDP Ile de France Lien permanent | Commentaires (0)

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