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03/12/2015

Chronique de la France asservie et… résistante

Robert Spieler.jpgRobert SPIELER

RIVAROL N° 3212 du 26 novembre 2015

EN JANVIER dernier, dans une vidéo, Aymeric Chauprade dénonçait l’existence d’une « cinquième colonne islamiste » en France, estimant qu’une « guerre avec des musulmans » était en cours. Il dissertait sur l’imminence d’un « choc des civilisations » et comparait les musulmans aux Allemands d’avant 1933, “pacifiques” et pourtant sur le point de porter le nazisme au pouvoir. Ce qui est évidemment faux aux yeux de Marine Le Pen. Pourtant, après les attentats du 13 novembre sur notre sol, avoir évoqué dès janvier « une cinquième colonne islamiste » était de simple bon sens et avoir sanctionné Chauprade pour avoir dit cette vérité en dit long sur le courage politique et intellectuel de Marine Le Pen qui a accepté l’union nationale autour de Hollande alors qu’elle refuse l’union avec son père, s’est rendue à l’Elysée et a félicité Hollande pour son discours au congrès de Versailles allant dans le bon sens mais diabolise son ancien conseiller international.

A la suite de cette vidéo de janvier 2015, Marine Le Pen avait en effet immédiatement démis de ses fonctions de conseiller international et de chef de file des 23 députés FN au Parlement européen Aymeric Chauprade. Lequel n’a pas tardé depuis à aggraver son cas. Voici que l’insolent personnage a reconnu avoir fait partie du commando qui a exfiltré les pilotes de l’affaire Air cocaïne, de Saint-Domingue vers la France. Un mandat d’arrêt a été lancé contre lui par la République dominicaine le 22 novembre. Dans l’entourage de la présidente du FN, on n’a pas caché son exaspération, dénonçant ce Chauprade qui “s’amuse”, ce qui est évidemment indigne d’un député européen du FN mariniste où on ne rit pas tous les jours et où même le sourire est éminemment suspect. Du coup, Marine Le Pen a fort logiquement prévu de réunir le bureau exécutif pour examiner l’avenir de Chauprade au sein du FN, c’est-à-dire pour l’exterminer. Le député européen a donc pris les devants avant sa mise à mort, déclarant sur i-Télé: « Je ne vais pas attendre d’être jugé par des gens que je ne respecte pas. »

C’est ce que déclare Chauprade dans une interview explosive au Figaro : il parle de son cas personnel mais surtout celui de Jean-Marie Le Pen, évoquant une véritable “trahison” de la part de Marine Le Pen : « Quels que soient les torts et les excès du fondateur du Front national, peut-on pousser comme cela, dans l’escalier, un homme de 87 ans auquel on doit tout ? Et qui disait déjà exactement la même chose quand Marine Le Pen en avait encore besoin ! Comment ne pas penser que ceux qui trahissent à la fois leurs proches et ceux auxquels ils doivent tout, ne trahiront pas un jour le peuple lui-même ? Sous la pression de Florian Philippot, Marine a décidé de se débarrasser de Jean-Marie Le Pen. C’est une faute morale grave car on ne peut pas prétendre incarner le parti des valeurs et des fondamentaux quand on brise soi-même un certain nombre de lois. Ce n’est pas une loi politique, c’est presque une loi de civilisation ». Et il conclut par ces mots : « Ceux qui trahissent celui auquel ils doivent tout ne méritent pas notre respect. »

LE FN MARINISTE SOUS INFLUENCE COMME LE PENSE JMLP ET CHAUPRADE ?

Et Chauprade d’ajouter : « Marine Le Pen s’est laissé piéger dans un chantage avec Philippot. Il lui a expliqué, dès le début, qu’il était la dédiabolisation en personne. Et cette logique dans laquelle elle s’est laissé enfermer est devenue un chantage quasi-quotidien. Elle a finalement accepté de perdre sa liberté ».

Chauprade, qui est un homme brillant, indépendant et malheureusement lucide, déclare : « Je n’ai pas d’amertume ni de rancœur, mais une grande déception, le Front national est devenu un étouffoir, on ne peut pas penser », et il ajoute : « Je crois que le FN ne correspond pas à un projet crédible et ne répondra pas aux attentes des Français ».

Aymeric Chauprade claque la porte du Front national où il dénonçait notamment l’influence du lobby gay, tendrement rassemblé autour de Florian Philippot. L’eurodéputé a détaillé les raisons de cette décision, le lundi 9 novembre sur i-Télé. « Ce soir, je suis venu dire que je quitte le FN de Florian Philippot et Marine Le Pen », a-t-il expliqué, avant d’avancer des divergences “morales” mais aussi “idéologiques”. « Il est essentiel que les dirigeants de la France de demain aient une droiture, une capacité de respect de leur parole », dit-il. Aymeric Chauprade songeait à quitter le FN depuis cet été : « J’envisageai de quitter le FN. Marine nous empêche de penser par nous-mêmes. Moi, je m’en fous de contrarier Marine. Je ne veux rien m’interdire à cause de cette dame », expliquait-il à ses amis. Cette dame… quel gros mot !

Marine Le Pen, en brillante intellectuelle, a quant à elle tweeté ce message définitif : « Surtout après l’affaire Air Cocaïne, nos désaccords avec A.Chauprade étaient devenus trop importants et son maintien au FN impossible. MLP ».

A DÉFAUT DE MARINE LE PEN, CHAUPRADE CHOISIT VILLIERS

Ayant démissionné du Front national, Chauprade déclare : « Il n’est un secret pour personne que je souhaite profondément le retour sur la scène politique de Philippe de Villiers, qui est un ami et un père politique. Je souhaite vivement qu’il revienne d’ici la présidentielle de 2017. J’ai lu son livre. Ce qu’il dit apporte beaucoup, il y a une verticalité dans son projet, une vraie vision. D’autres personnalités comme celles de Nicolas Dupont-Aignan, Henri Guaino, Robert Ménard ou Nadine Morano doivent participer à la recomposition à droite. L’avenir se reconstruira avec des gens qui ne lâchent rien, qui ont des convictions fortes, qui agissent. » Chauprade dénonce les contradictions et la stérilité du programme de Florian Philippot qui « seront de plus en plus évidents même si le désespoir des Français est grand ». Chauprade estime qu’il faut adapter la France en défendant ses valeurs face à deux défis: les partisans de l’Argent-roi qui réduisent la personne à un individu-consommateur, détruisent les familles et les identités, et les partisans, de plus en plus nombreux, de la loi islamique. Dans cette « recomposition d’une grande droite crédible et assumée », Chauprade cite également le nom de Marion Maréchal-Le Pen, dont il est un ami.

Brillante tacticienne, Marine Le Pen vient de perdre une fois de plus un cadre de talent (songeons notamment à Laurent Ozon et David Mascré, entre autres, qui se sont fait virer pour avoir déplu à la mégère). Jusqu’où ira la chute ? En attendant, MLP s’est fait un nouvel ennemi mortel. Il est triste que dès qu’un intellectuel, un écrivain, un penseur peut apporter une valeur ajoutée au FN, et même si l’on peut bien sûr ne pas être d’accord avec la totalité de ses positions et de ses initiatives, il finit très vite par être exclu, mis de côté ou partir de lui-même écœuré. Ce n’est pas un bon signe.

10 000 EUROS D’AMENDE REQUIS CONTRE ZEMMOUR !

Le procès d’Eric Zemmour pour provocation à la haine raciale a eu lieu le 6 novembre. Il avait, il est vrai, commis une abomination en déclarant au Corriere della Sera, alors qu’il faisait la promotion de son livre Le Suicide français que les musulmans « ont leur Code civil, c’est le Coran », qu’ils « vivent entre eux, dans les périphéries », si bien que « les Français ont été obligés de s’en aller ». Le site Boulevard Voltaire, fondé par Robert Ménard et Dominique Jamet, livre l’intégralité de son intervention à la barre. Voici quelques extraits de ce texte remarquable : citant le grand historien Jacques Bainville, proche de l’Action française, il déclare : « Les démocraties ont coutume de reprocher à ceux qui ont prévu les événements de les avoir causés » et ajoute : « Et encore, le grand Bainville ne savait pas qu’on pouvait être attaqué pour des mots. Il ne savait pas qu’on pouvait être renvoyé par un de ses employeurs, en l’occurrence i-Télé parce que des propos prononcés dans un journal italien n’avaient pas l’heur de plaire ni à la directrice de l’antenne ni à la rédaction. Il ne savait pas que l’expression liberté d’opinion ne valait que pour les dessinateurs de Charlie Hebdo. Il ne connaissait pas les beautés cachées de la loi Pleven, des délices et poisons de l’incitation à la discrimination et à la haine raciale. Il ne savait pas, l’heureux homme qui vivait dans une République qui respectait encore les libertés fondamentales, qu’on pouvait être traité comme un délinquant parce que ses idées ne plaisaient pas au pouvoir.

Il ne savait pas que la gauche, la gauche bienpensante, la gauche humaniste, si bienveillante et pacifique, si laïcarde et anticléricale, avait rétabli subrepticement le délit de blasphème, qui avait été aboli à la Révolution. Oui, le délit de blasphème ! Il s’agit de condamner quiconque n’ôterait pas respectueusement son chapeau devant la nouvelle religion, la nouvelle doxa antiraciste, celle de l’identité heureuse, comme dit un ancien Premier ministre, celle du pas d’amalgame, celle de l’islam modéré, religion d’amour et de paix, celle de l’intégration harmonieuse dans le respect des différences. Oui, tous ceux qui ne croient pas en cette nouvelle religion, tous ceux qui n’ont pas la foi doivent se taire ou être condamnés. Ou plutôt, pour que la masse continue à se taire, il faut que certains soient condamnés. J’ai l’honneur, je dis bien l’honneur, d’être devenu une cible privilégiée.

Il y a quelques mois, lors d’un autre procès — puisque je passe, désormais, une partie de ma vie au palais de justice —, la représentante du parquet me demandait si ma première condamnation, il y a quatre ans, m’avait conduit à changer mes méthodes de travail. Je lui renverrai aujourd’hui sa question : est-ce que la relaxe dont j’ai bénéficié dans une récente affaire a conduit le parquet à changer ses méthodes de travail ? Est-ce que le parquet s’est remis en cause ? Est-ce qu’il a décidé de ne plus se mêler de la vie des idées en France ? Quand le parquet cessera-t-il de servir de relais à des lobbys antiracistes qui vivent du racisme, ou du prétendu racisme (et encore : de manière hémiplégique), comme d’autres vivent de la défense des baleines ou des ours ? Jusqu’à quand le parquet alimentera-t-il une logique liberticide qui rappelle les régimes totalitaires communistes, qui permet à n’importe quelle association de signaler à la police des opinions dissidentes, afin que le parquet, au nom de la défense de l’État et de la société, ne poursuive les affreux dissidents ?

Je préfère prévenir respectueusement le parquet et la cour : rien ne m’empêchera de continuer à dire ce que je crois, même si j’ai bien compris que rien n’arrêtera le ministère public dans sa volonté de me faire taire. J’ai bien conscience aussi d’être le pot de terre contre le pot de fer. Mais un jour, j’en suis convaincu, l’Histoire donnera raison au pot de terre, comme elle l’a donné au grand Bainville, et le pot de fer aura honte. Mais il sera trop tard ».

Le Parquet a requis 10 000 euros d’amende contre le polémiste. Jugement le 17 décembre.

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