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02/07/2014

Dans Rivarol de cette semaine : un grand entretien entre Robert Spieler et Jean-Marie Le Pen

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Extraits de l'entretien de Jean-Marie Le Pen dans Rivarol d'aujourd'hui...

RIVAROL : Que pensez-vous avec le recul de toute la polémique politico-médiatique qui a été déclenchée par votre utilisation du mot “fournée” dans votre journal de bord hebdomadaire ? Ne témoigne-t-elle pas de la restriction chaque jour plus grande de nos libertés ?

Jean-Marie LE PEN : J’ai une pente intellectuelle vers l’objectivité. Mais je sais qu’il y a certains sujets sur lesquels l’on n’a pas le droit d’être objectif.. On doit se soumettre à la pensée unique et si l’on ne s’y soumet pas l’on est dénoncé. On nous signale qu’il y a une ligne jaune que l’on ne doit pas franchir même si l’on ne nous dit jamais qui l’a tracée. Si vous la franchissez c’est à vos risques et périls, risques politiques, médiatiques mais aussi financiers et pénaux. Il faut savoir que nous ne sommes pas en Amérique où le premier amendement de la Constitution établit une liberté totale d’opinion et d’expression. En France ce n’est pas le cas, il faut le savoir, et les dirigeants politiques doivent établir une ligne qui leur permette de rassembler, c’est la philosophie politique de Marine Le Pen qui considère que sa mission est de diriger un parti politique et donc de rassembler, et donc d’éviter au maximum les effusions. Pour ma part j’ai davantage de liberté puisque, si je suis un dirigeant politique, je n’ai pas de responsabilité exécutive directe donc j’ai plus de liberté de parole et d’opinion.

Cela étant, il faut aussi noter que nous sommes dans un monde où en dehors même des parti-pris politiciens ou idéologiques, il y a une inculture française. Lorsque j’ai utilisé le mot “fournée” qui n’a jamais eu, en aucun cas, d’acception politique ou négative ou antisémite, la simple assonance a suffi pour déclencher un tollé de la part de journalistes qui sont en principe des intellectuels c’est-à-dire des gens qui pensent avant d’écrire et même avant de recevoir l’ordre de leur loge. Immédiatement l’on a décrété qu’il s’agissait encore d’un dérapage antisémite de Jean-Marie Le Pen alors que c’était un propos parfaitement innocent. Encore faut-il que les gens connaissent la langue française qui comporte, il est vrai, cent mille mots. Dans le même temps j’avais dit à propos de Noah qui ne veut pas chanter dans les mairies FN « Cochon qui s’en dédit », des gens ont dit : pourquoi a-t-il traité Noah de cochon ? Or il s’agit d’une locution française que visiblement ces personnes ignoraient.

Vous connaissez la fameuse histoire de Littré, grand grammairien qui, un jour, était en train de trousser sa bonne dans la cuisine quand rentre sa femme. Laquelle s’écrie : « Je suis surprise. » Et le mari de répondre : « Non Madame, hélas vous êtes étonnée. C’est nous qui sommes surpris. » L’anecdote est savoureuse et témoigne de l’importance du sens et de l’emploi des mots. La guerre des idées est aussi une guerre sémantique. Par exemple le mot extrême droite donne extrémiste de droite. Le mot extrême gauche donne le mot gauchiste qui est plus convivial. Or le mot extrême droite indique l’extrémité géographique d’une assemblée et non un quelconque extrémisme.

Cela pose tout le problème de la diabolisation et de la dédiabolisation. Il est bien évident que la dédiabolisation à laquelle nous pouvons tendre trouve rapidement ses limites puisque la diabolisation ne dépend pas de nous. Elle dépend de nos ennemis et il n’y a aucune raison que nos ennemis ne nous fassent pas en permanence la guerre. Dans l’affaire de la “fournée”, avec un parallélisme étonnant qui ne peut s’expliquer que par des appartenances communes, les éditorialistes de la presse régionale ont suivi la même ligne : la dénonciation de l’abominable Le Pen avec ses déclarations scandaleuses. Le directeur de Valeurs actuelles a quant à lui tweeté : « Honte à Jean-Marie Le Pen ! »

La vie est un combat et la vie politique est un combat permanent. Par conséquent nos ennemis ne cesseront pas de nous diaboliser puisque c’est une de leurs armes (le mensonge, la calomnie, la diffamation) et qu’ils ont les moyens de nous l’appliquer puisqu’ils détiennent un quasi-monopole des moyens médiatiques (presse, radio, télévision, cinéma, débats de toute sorte). Par conséquent, nous devons toujours nous attendre à être diabolisés. Si cette diabolisation diminue c’est que nos adversaires auront estimé que nous sommes moins dangereux pour eux, que nous nous rapprochons de leur point de vue et ils ne cesseront de nous diaboliser que lorsque nous serons morts, et encore ce n’est pas sûr !

C’est là tout le problème du combat politique. Je prends souvent un exemple : le champion de boxe sait qu’il ne fera pas que donner des coups, il en recevra. Cela fait partie du sport dont il a accepté les règles. Le champion du monde qui monte sur le ring, même s’il en descend comme champion du monde, est marqué par les coups que lui aura donnés son challenger. Par conséquent il ne va pas s’étonner en disant : « c’est fou, j’étais sur le ring et mon adversaire m’a frappé au visage, au corps, à l’estomac. » Cela fait partie des règles de ce combat-là. Nous ne devons donc pas nous étonner d’être diabolisés, il faut le prendre avec philosophie, rendre coup pour coup, et même un peu plus quand c’est possible mais surtout ne pas consentir à aucun moment à une trêve à l’égard de nos ennemis ou de nos adversaires puisque nous estimons qu’il en va du salut de notre pays et de notre peuple.

R. : Certes, mais Marine Le Pen, dans un entretien au Figaro du 24 juin, en réponse à une question du journaliste qui lui demandait si votre utilisation du mot “fournée” avait nui à la constitution d’un groupe au Parlement européen a répondu : « Tout ce qui réactive la diabolisation et fait du bruit n’est jamais bon lorsqu’on est en négociation ».

J.-M. L.P. : C’est là où je suis en désaccord avec elle. Je crois que Marine Le Pen, avec une intention excellente, mais on sait que l’enfer est pavé de bonnes intentions, fait une erreur d’analyse. Si la diabolisation dépendait d’attitudes extravagantes, extrémistes — à ce propos on a quelquefois fait le ménage au sein du mouvement d’une manière que j’ai trouvé un peu sévère —, nous ne serions pas du tout diabolisés, ce qui n’est pas le cas.

Admettons qu’on ait voulu lisser l’image du Front, en tout cas on ne peut pas aller au-delà sous peine, dans le débat politique, de renoncer à attaquer nos adversaires sur des idées que nous estimons nuisibles à la nation, voire à répondre à leurs attaques. Un espace politique dans lequel il n’y aurait pas de conflit entre les différents participants, c’est soit une dictature mortelle, soit un pays mort.

Le groupe au Parlement européen ne s’est certes pas formé mais cette polémique n’en est pas la cause. Dans ma lettre ouverte à Marine Le Pen, je lui ai fait le grief que j’estime justifié d’avoir elle-même — ainsi que Louis Aliot — porté le débat sur le terrain médiatique alors que si on avait laissé les organismes professionnels antiracistes et anti-Front national faire leur numéro, cela aurait duré vingt-quatre heures. Il y avait la Licra, le Mrap, Sos-Racisme, le Crif. C’est leur gagne-pain de lutter contre ce qu’ils appellent l’antisémitisme au point que quand il n’y a pas d’antisémitisme, ils l’inventent !

Cela dit, toutes ces vagues font partie du paysage. Mais malheureusement cela a été accrédité par les déclarations qui ont été faites dans notre camp. Aliot a dit : « c’est une phrase malheureuse de plus », ce qui semblait faire référence à d’autres épisodes précédents. Il a — involontairement, j’espère — laissé entendre que j’ai l’habitude des phrases malheureuses.

R. : Invité de Patrick Cohen dans l’émission C à vous, le 24 juin au soir, Florian Philippot, vice-président du Front National vous a durement attaqué. « Il n’est pas président, la présidente c’est Marine Le Pen » a-t-il affirmé, ajoutant surtout à votre endroit : « C’est quand on fait n’importe quoi qu’on devient n’importe qui » ...

J.-M. L.P. : D’abord je ne suis pas n’importe qui. J’ai près de soixante ans de vie publique et même un peu plus si l’on compte ma présidence de Corpo de droit dont je suis aussi président d’honneur. J’ai une personnalité politique que j’estime respectable et qui est respectée de beaucoup de gens, en tout cas des plus de 28 % qui ont voté en faveur de la liste que je dirigeais dans le Sud-Est aux européennes le 25 mai sous le nom Front national.

Je constate malheureusement que ces commentaires sont faits très légèrement. Ce que j’ai dit n’est pas n’importe quoi. Ce que j’ai dit est une locution française qui dit clairement ce qu’elle signifie : un groupe d’individus. Je peux citer dix exemples qui n’ont pas donné lieu à des griefs quelconques mais l’on sait que Jean-Marie Le Pen bénéficie de la présomption de culpabilité. Il est le seul dans ce cas. Les autres ont droit à la présomption d’innocence, y compris les tueurs jusqu’à leur condamnation. Jean-Marie Le Pen, lui, a une présomption de culpabilité jusqu’à son non-lieu. […]

 

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