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05/06/2014

Régions : une grande réforme à la sauce hollandaise

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Improvisée. Bâclée. Griffonnée sur un coin de table. Raturée, amendée, corrigée jusqu’au dernier moment. Manuel Valls l’avait annoncée lors de sa déclaration de politique générale, le 8 avril dernier. Mais c’est tout naturellement au chef de l’État qu’il revenait de révéler à son peuple la dernière grande pensée de son règne, cette grande réforme territoriale qui, deux siècles après le Consulat, changerait le visage de la France.

Qu’attendait donc François Hollande de cette initiative ? Qu’en espérait-il ? Y avait-il urgence, quand tant de graves problèmes attendent en vain leur solution, au point que la bonne nouvelle ne pût être différée davantage et que les quinze quotidiens régionaux mis dans la confidence dussent retarder leur bouclage pour accueillir la tribune signée du président de la République en y incluant le nombre, resté en blanc jusqu’à la dernière minute, des « super-régions » qui feront de notre pays le modèle vers lequel se tournera de nouveau le monde ébloui ?

Bien sûr, il y avait urgence. Jaloux des lauriers de Matteo Renzi, cet étonnant président du Conseil transalpin qui dit ce qu’il fera et qui fait ce qu’il a dit, M. Hollande, aux abois, désespérant de tout et de lui-même, cherchait avec ce joli coup à stopper son irrésistible descente, à redorer son blason et à substituer à l’image qui lui colle à la peau, d’un président-soliveau, indécis, flottant, mou, pas à la hauteur, celle du réformateur hardi, de l’homme du changement que, candidat, il avait prétendu incarner, tout en s’aventurant sur un terrain a priori favorable, tant tous les partis s’accordent sur la nécessité d’en finir avec le mille-feuille qu’on a laissé s’empiler et se compliquer au fil des années.

Passé le premier étonnement, suscité d’abord par l’apparente détermination du nouveau Solon, ensuite par l’obligation d’examiner de plus près le contenu de son grand œuvre, vingt-quatre heures ne s’étaient pas écoulées que l’opération avait déjà fait long feu. C’est qu’elle est caractérisée par les petits arrangements, les petits calculs, les petits compromis qui sont la marque de son auteur, et que, bien loin de modifier l’idée qu’on se fait de celui-ci, elle confirme en tous points le portrait d’un homme sans courage, sans vision, sans idées arrêtées, d’un joueur qui ne sait décidément jouer que petit bras.

Comment croire un instant que le projet finalement retenu par M. Hollande sans la moindre concertation avec les premiers intéressés mais après discussion de marchand de tapis avec M. Le Drian, M. Auxiette, M. Ayrault, Mme Royal, M. Malvy, M. Rebsamen, M. Sapin, puisse défier sinon les siècles au moins les décennies ? Les compétences des nouvelles régions, leur cohérence, leurs capitales, les économies d’échelle liées à la nouvelle organisation, tout est incertain, tout est vague. On n’a même pas profité de l’occasion pour redessiner des contours artificiellement tracés il y a deux cents ans avec l’intention parfaitement claire de faire oublier les anciennes provinces.

Et que veut-on, au fait ? Seulement décentraliser l’État jacobin ou revenir à l’Ancien Régime, voire au Moyen Âge, en ressuscitant les fiefs, les apanages et la féodalité au bénéfice de quatorze grands feudataires ? Qu’adviendra-t-il exactement des départements, des préfets ? Les communes coexisteront-elles avec les intercommunalités ou sont-elles vouées à disparaître ? Pour ajouter à la confusion, tandis que de grands barons parlaient déjà d’organiser des référendums locaux, illégaux mais logiques, le Premier ministre évoquait la possibilité, pour les départements qui le souhaiteraient, de quitter la région à laquelle ils seront affectés pour en choisir une autre…

Au-delà du sujet, de l’épisode en cours, des débats et des polémiques à venir, le président de la République, son gouvernement et sa cour se rendent-ils compte que, dans le contexte actuel, tout ce que propose M. Hollande, bien ou mal fondé, justifié ou non, positif ou non, ne se heurte pas seulement à un scepticisme général, mais suscite une réaction de refus, de rejet, qui vise la personne tout autant que sa politique ?

Élu pour un mandat de cinq ans, François Hollande, dans l’esprit d’une écrasante majorité de Français, est d’ores et déjà périmé, balayé, rayé de la carte. Le Président, si malin et si expérimenté qu’il soit, s’obstine à nier l’évidence. Du simple fait qu’il a repoussé la prochaine consultation populaire – les régionales – à l’automne 2015, il se croit assuré de quatorze mois de tranquillité. Ce faisant, il commet une erreur colossale, car il ne laisse à la colère populaire d’autres soupapes et d’autres exutoires que la rue. C’est jouer avec le feu.

Dominique Jamet

 

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