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07/05/2014

Ukraine : la faute à qui ?

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Il n’est de jour, depuis maintenant quelques semaines, que les différents médias ne nous resservent la même formule, naturellement assortie des mêmes commentaires : l’Ukraine serait « au bord de la guerre civile ». Au bord, vraiment ?

Lorsqu’un gouvernement voit son autorité contestée, les armes à la main, par une partie de la population, lorsque les bâtiments publics qui abritent les services administratifs, la police, la justice, les services spéciaux, sont attaqués et occupés par des émeutiers, lorsque de grandes villes et des régions entières échappent au pouvoir central, se rallient à des slogans sécessionnistes et arborent des étendards rebelles ou des drapeaux étrangers, lorsque l’armée, la garde nationale et des milices reçoivent mission de faire rentrer dans le rang ces territoires perdus, lorsque des blindés sont envoyés contre des barrages, lorsque des hélicoptères d’attaque tirent sur les insurgés et sont abattus au lance-roquettes, lorsque des batailles sanglantes opposent des foules également passionnées mais en sens contraire, lorsque s’allonge chaque jour la liste des affrontements et des morts, un pays n’est pas au bord, il est au cœur d’une guerre civile.

La faute à qui ? Les médias français n’ont pas eu à chercher loin ni longtemps. La responsabilité de la Russie est écrasante, psalmodient-ils à l’unisson.

Il est clair que la Russie, que le Kremlin, que Vladimir Poutine ne sont pas pour rien dans la montée des tensions entre russophiles et russophobes, entre partisans d’une Ukraine unitaire et indépendante et nostalgiques de la Grande Russie, voire de l’Union soviétique. Mais il n’est pas niable, naturellement si l’on est de bonne foi, que les responsabilités, écrasantes en effet, sont largement partagées.

Le gouvernement issu, héroïquement peut-être mais à coup sûr en toute illégalité, du soulèvement de Maïdan, a lui-même mis le feu aux poudres lorsqu’il a prétendu déchoir la langue russe de son statut officiel. Rien, au demeurant, ne permet de dire si l’étrange coalition de démocrates europhiles, d’oligarques uniquement guidés par leurs intérêts, de politiciens corrompus et de nationalistes xénophobes qui règne sur Kiev est plus populaire, plus légitime et plus estimable que la coalition d’apparatchiks russophiles, d’oligarques uniquement soucieux de leurs intérêts, de politiciens corrompus et de nostalgiques de l’URSS qui les a précédés.

Le problème ukrainien aurait certainement évolué de manière plus pacifique, en tout cas moins dramatique, moins sanglante et moins dangereuse, si l’Union européenne, l’OTAN et les États-Unis n’étaient venus s’en mêler et l’envenimer. L’Union européenne a incité le gouvernement ukrainien à résister à la pression économique de Moscou en lui promettant des financements et des garanties qui ne se sont jamais concrétisés. L’OTAN a encouragé le gouvernement ukrainien à résister à la pression militaire de Moscou en multipliant des gesticulations guerrières qui ne déboucheront évidemment sur rien. Les États-Unis ont pesé de tout leur poids pour riposter à la pression politique de Moscou par une pression en sens contraire.

Au point où nous en sommes, seule une médiation internationale acceptée par la Russie permettrait le retour au calme et l’organisation d’élections et de référendums qui mettraient en place un pouvoir légal et laisseraient aux Ukrainiens le choix entre les deux allégeances entre lesquelles ils balancent. Encore faudrait-il que l’Occident renonce à souffler sur les braises et à ressusciter, par une attitude aussi anachronique qu’irresponsable, les mauvais jours de la guerre froide. Il est encore possible d’inverser la courbe de la fatalité.

Dominique Jamet

 

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