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16/04/2014

Saint-Germain-des-Prés : difficile cohabitation des Roms et des Tartuffes

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En ce temps pascal, il est des paraboles plus parlantes que d’autres. Celle-ci par exemple, scène vécue à la Butte-aux-Cailles, dans ce charmant coin qu’on appelle « la campagne à Paris ». Une dame fort bien mise promène son petit chien fort bien toiletté. Elle croise, assise sur les marches d’à côté, une SDF à la mine dépitée.
« Comment ça va aujourd’hui ? », lance la dame au chien.
« Pas bien, j’ai pas le moral… », murmure l’autre.
« Allons, allons, faut vous secouer ! On a chacun ses petits problèmes ! », rétorque la première d’une voix pointue. Puis elle s’en va, hautaine, en tirant son chien.

Cette histoire, c’est un peu ce qui se passe dans le VIe arrondissement, quartier encore plus chic de la capitale où prospèrent l’intelligentsia et le gratin du monde politique.

Le Parisien communique ce mardi matin une note interne au commissariat, rédigée par un officier de police « sur instruction de la commissaire centrale », par laquelle il requiert « dès à présent et jusqu’à nouvel ordre pour les effectifs du VIe arrondissement, de jour et de nuit, de localiser les familles roms vivant dans la rue et de les évincer systématiquement ».

À chacun ses petits problèmes, comme disait la dame au chien : aux Roms le souci du logement, aux bourgeois du VIe de s’épargner la vue de gamins morveux et dépenaillés serrés sur un matelas autour de leurs parents crasseux. Faut les comprendre, aussi : voir un campement de fortune dans le hall de l’immeuble quand on reçoit le sénateur à dîner, ça risque de lui gâter les œufs aux truffes et le Pétrus.

Les associations se sont émues du ton. Particulièrement du verbe « évincer ». C’est un ton qui sied à l’administration, se défend le monsieur à la radio. Un ton déshumanisé à dessein. C’est surtout une manière, pour les gens propres sur eux, de se débarrasser des indigents qui puent. Et ça, voyez-vous, ça n’est pas très compliqué : il suffit de les repousser dans l’arrondissement d’à côté. De rue en rue, vers le nord ou vers le sud, chez les loqueteux des « arrondissements populaires », ou mieux encore, vers les ponts du périphérique et la banlieue.

Une fois qu’on les a chassés de sa vue, ça permet de mieux penser le monde : on peut ainsi discourir à loisir de l’ouverture des frontières et du vivre ensemble, de la tradition de l’accueil dans la France des droits de l’homme et des bienfaits de l’élargissement de l’Europe aux pouilleux des Balkans.

Mais dites-moi, Monsieur le sénateur, vous reprendrez bien un peu de caviar ?

Marie Delarue

 

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