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31/03/2014

La dégelée

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Venus des six côtés de l’Hexagone, des vingt-deux régions de France, des quatre-vingt-quinze départements métropolitains, les résultats se succédaient, les noms s’égrenaient et les villes tombaient pour la plupart, après des années de vaches maigres, dans l’escarcelle regarnie de la droite parlementaire, UMP, UDI et MoDem alliés : Amiens, Angers, Reims, Caen, Angoulême, Saint-Etienne, Toulouse, Limoges – Limoges, fief socialiste depuis 1912…

Malgré Paris conservé face à l’impétueuse et téméraire Nathalie Kosciusko-Morizet, malgré Lyon, Lille, Rennes, Nantes, Le Mans, Strasbourg sauvés avec des majorités presque partout diminuées, malgré Avignon, seule ville conquise (M. Py n’aura pas à emporter le festival à la semelle de ses souliers), non seulement le deuxième tour ne corrigeait pas le premier, mais il le confirmait, il l’accentuait, il l’aggravait et au lieu du sursaut espéré par certains optimistes, l’abstention progressait encore. Après la claque du 23 mars, c’était la dégelée.

Voilà donc le PS à marée basse. On laissera l’UMP, par la voix de Jean-François Copé (chef autoproclamé de l’opposition), se féliciter, se rengorger, se dire le premier parti de France et qualifier de vague bleue des gains effectivement substantiels qui s’expliquent bien plus par le recul et le rejet de la majorité élue en 2012 que par un quelconque élan, un retour soudain, une adhésion à la majorité alors battue. Le scrutin majoritaire a fait encore une fois de la défaite des uns le succès des autres et si le Front national, en emportant plus de mairies et plus importantes qu’annoncé, s’enracine plus profondément qu’en 1995 et confirme sa place de troisième force politique, force est de constater que les nombreuses triangulaires où il était présent n’ont pas autant nui qu’il l’escomptait à la droite traditionnelle.

Et maintenant ? Au fur et à mesure que la soirée s’avançait, les porte-parole du gouvernement, forcés de reconnaître l’ampleur de la défaite, assuraient qu’ils tiendraient compte du message à eux adressé par le pays – un message qui ressemble furieusement à un coup de pied au cul – et affirmaient qu’on ne pouvait pas faire comme si rien ne s’était passé. Mais encore ? Si leurs propos laissaient déjà deviner que, tout comme leurs interlocuteurs de l’UMP, ils n’hésiteraient pas, le temps de la campagne des européennes implicitement ouverte depuis hier soir, à imputer à l’Union européenne – telle que les uns et les autres l’ont bâtie et nous l’ont imposée – une grande part de responsabilité dans la situation actuelle de la France, on pouvait deviner en filigrane des propos tenus des divergences fondamentales d’analyse et d’orientation.

Tandis que certains, apparemment minoritaires, s’apprêtent à demander à François Hollande de mener enfin la politique de gauche à laquelle il a tourné le dos, d’autres envisagent au contraire de maintenir le cap et d’accélérer ce qu’ils appellent des « réformes ». Justice sociale ou orthodoxie financière, quel choix va faire le président de la République, à supposer qu’il se décide à choisir, qu’il fasse un choix clair et qu’il s’y tienne ?

Mais la question est-elle encore là ? La signification du vote d’hier semble crever les yeux de ceux qui ne veulent pas voir. Ce vote est la conséquence et la manifestation de la souffrance, du découragement, du pessimisme de millions de Français qui ne croient plus aux promesses et aux mensonges de leurs dirigeants, qui leur dénient la capacité et la volonté de les guérir de leurs maux, qui, blasés, écœurés, dégoûtés, se réfugient dans l’abstention d’où ils pourraient bien sortir un jour ou l’autre par la révolte.

Que leur importe que l’on change ou que l’on ne change pas de gouvernement ? Pour les réconcilier avec une République qui n’est plus qu’un vain mot et dont les valeurs sans cesse invoquées ne sont plus qu’une viande creuse, il leur faudrait désormais des résultats, au moins la conviction que ceux qui les gouvernent ne sont mus que par l’intérêt général et l’intérêt national. Or, l’opinion qui prévaut aujourd’hui est que notre pays est mené par des dirigeants qui ne sont ni compétents ni intègres ni indépendants.

Les contorsions, les zigzags, les faux-semblants, les contradictions, les incohérences, les erreurs et les mensonges qui constituent ce que l’on ose appeler une politique ont creusé un fossé entre la caste politique et les citoyens. Alors que tous les yeux se tourneront cette semaine vers l’homme qui dispose encore de tous les pouvoirs qu’il a voulus et dont il fait un si mauvais usage, le drame est que l’on n’en attend ni n’en espère plus rien. C’est à François Hollande qu’il appartient de proposer des solutions, mais c’est François Hollande qui est le problème.

Dominique Jamet

 

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