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24/03/2014

Municipales 2014 : Pour le PS, c’est pas jour de gala, c’est la Bérézina

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Un président et un gouvernement incroyablement impopulaires, une majorité largement minoritaire, un Parti socialiste massivement discrédité… Les augures s’accordaient à prévoir des élections municipales défavorables au pouvoir en place, tout en estimant que les considérations locales, l’attachement bien connu des électeurs aux élus de proximité et le bilan des maires sortants limiteraient les dégâts.

Cela dit, le recul annoncé de la gauche de gouvernement allait-il profiter, conformément au jeu de bascule habituel, à la droite parlementaire qui partait relativement unie (UMP, UDI et MODEM) à la bataille ? Ou le Front national qui présentait un nombre record de listes et dont les derniers résultats indiquaient assez nettement qu’il avait le vent en poupe réaliserait-il une percée spectaculaire aux dépens des deux « grands » partis ? Enfin, qu’en serait-il de l’abstention ?

Au vu des résultats de ce premier tour, certains ne manqueront pas de faire observer qu’il est habituel que les élections intermédiaires soient l’occasion de sanctionner le gouvernement, quel qu’il soit. C’est exact. Même si la droite classique semble en mesure de reprendre à la gauche classique bon nombre de grandes villes et de conserver la plupart de celles qu’elle détenait et qui semblaient menacées, on ne peut pas parler de vague bleue, encore moins de raz-de-marée. Il n’y a pas en apparence de bouleversement spectaculaire du paysage politique.

Pour autant, le flot monte, inexorablement, qui, si rien ne change, balaiera et emportera la caste qui depuis plus de trente ans alterne aux affaires et qui y fait régulièrement la démonstration de sa morgue et de son impéritie, quand ce n’est pas de sa corruption. Les électeurs ont donné en ce sens de signaux parfaitement clairs qu’il faudrait être aveugle et sourd pour ne pas comprendre, mais ont-ils des yeux pour voir et des oreilles pour entendre ?

La première leçon de ce scrutin est la nouvelle et forte montée de l’abstention qui atteint des niveaux jamais connus dans ce type d’élection, et qui, si elle est pour partie liée à la crise, est avant tout un phénomène de rejet, conséquence et manifestation du mélange d’écœurement, de dégoût et de scepticisme qu’inspirent à un nombre croissant de citoyens, notamment à gauche, la politique et la classe politique.

La deuxième leçon est évidemment le nouveau et fort progrès du rassemblement de Marine Le Pen. Celui-ci trouve enfin une implantation locale qui jusqu’à présent lui avait été refusée (il lui restera à faire ses preuves). Les succès qu’il enregistre à Hénin-Beaumont, à Fréjus, à Forbach, à Marseille et ailleurs confirment qu’il est en passe de sortir par le haut de son statut de parti simplement contestataire pour s’inscrire comme une force qui dès à présent fait jeu égal avec les deux blocs qui se partageaient traditionnellement le gâteau électoral. La sortie de la bipolarisation, ce tunnel où disparaissait peu à peu la vie politique, est enfin en vue.

Face au danger, le Parti socialiste a immédiatement adopté, il faut le dire, une attitude simple et claire, en appelant au Front républicain, ce qui est aussi une façon d’appeler au secours et de tendre la main. Il s’en faut que la position de l’UMP soit aussi nette. En fait, le parti de Jean-François Copé est pris de panique alors qu’il approche de la croisée des chemins et du moment où, optant définitivement pour le rapprochement avec la fausse gauche, il démasquerait sa vraie nature de fausse droite et donnerait corps à l’UMPS, comme le souhaitent secrètement nombre de ses dirigeants. A moins qu’il renonce à maintenir la digue étanche qui le sépare du Front national, ce que souhaite une fraction de plus en plus importante de son électorat. Dans un cas comme dans l’autre, il risque l’explosion.

Quels que doivent être les résultats du second tour, et traduiraient-ils une remobilisation des électeurs déçus de la gauche, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault n’est plus qu’un mort qui marche et qui tend le dos dans l’attente du coup de grâce. Les ministres présents sur les plateaux de télévision transpiraient la défaite et portaient déjà sur le visage les marques de la déroute qui les attend lors des européennes. Les Français n’auront finalement pas attendu le 25 mai pour leur signifier leur congé. Quand on licenciait un domestique, on lui donnait traditionnellement ses huit jours. C’est à la seule indulgence du calendrier qu’ils doivent le délai de deux mois qui les sépare de leur prochaine Bérézina.

Dominique Jamet

 

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