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18/03/2014

Les sondeurs dans le brouillard à moins de dix jours des municipales

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Les sondages se suivent, ville après ville, à un rythme de plus en plus effréné à mesure que se rapprochent les élections municipales des 23 et 30 mars. Que faut-il retenir de tous ces instantanés ? Permettent-ils de dessiner une tendance générale ? Décryptage avec les sondeurs, qui se montrent très prudents.


Une « vague bleue » ?



« Il y a objectivement des indicateurs nationaux très mauvais pour la gauche. La popularité de l'exécutif est au plus bas. On observe, en réponse à nos questions, une forte volonté de sanctionner, à travers les municipales, sa politique », constate Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'IFOP.

Pour autant, faut-il s'attendre à une « vague bleue » ? Rien n'est moins sûr. « C'est très difficile à évaluer », tempère M. Dabi. « Jamais les élections municipales n'ont semblé aussi locales », constate Jean-Marc Lech, coprésident d'Ipsos. « Il n'y a pas de tendance claire », juge Yves-Marie Cann, directeur chargé de l'opinion chez CSA. « Il n'y aura pas de raz-de-marée », estime aussi Brice Teinturier, directeur général délégué d'Ipsos. Bref : à quelques jours du premier tour, le brouillard reste épais, même si la droite devrait regagner du terrain.

La présence probable du Front national au second tour dans de nombreuses villes est pour beaucoup dans ce grand flou. « Le FN se présente dans près de 600 villes et la barre du maintien au second tour n'est plus qu'à 10 % des suffrages exprimés. Le FN peut jouer le rôle d'amortisseur pour la gauche », constate M. Dabi.

« La tendance devrait être à une érosion de la gauche et à une stabilité pour l'UMP. La droite va pâtir du nombre nettement plus élevé qu'en 2008 de listes du FN, qui mordent surtout sur son électorat traditionnel », appuie M. Cann. Dans certaines villes phares, le rôle clé du FN semble ainsi évident. « A Strasbourg, s'il est au second tour, il mettra en grande difficulté l'UMP, dans l'une des élections les plus observées », illustre M. Cann.

Où en est, justement, le parti de Marine Le Pen ? « En février, on a observé un tassement des intentions de vote en faveur du FN, qui semblait profiter à l'UMP. Mais dans nos derniers sondages, cela ne se confirme pas », prévient M. Dabi. « L'électorat FN est le plus sensible aux questions nationales. La succession des affaires, en ce moment, peut être de nature à consolider ce vote », estime M. Teinturier.

L'abstention va-t-elle arbitrer le scrutin ?



La question de « l'abstention différentielle », ou la capacité de chaque camp à mobiliser plus que l'autre son réservoir d'électeurs, s'annonce déterminante. « D'après ce que l'on observe aujourd'hui – cela peut bouger –, on pourrait dépasser le record absolu d'abstention pour des municipales. Dans plusieurs grandes villes, elle peut dépasser 50 % », juge M. Teinturier.

Qui, de la droite ou de la gauche, saura le mieux persuader ses sympathisants de se rendre aux urnes, dans un climat global de rejet des politiques ? Cette question est d'autant plus sensible lorsque la participation est faible. « La mobilisation a été la clé de toutes les grandes “vagues”, comme celle pour la gauche en 2010 », rappelle M. Dabi. A priori, les sondeurs donnent pour l'instant un assez net avantage, en la matière, à la droite, souvent de l'ordre de 4 à 5 points. « Il y a, globalement, de bons chiffres de mobilisation de l'électorat UMP. Mais il y a de grandes variations locales », tempère M. Teinturier.

Autre incertitude : la succession d'affaires (Copé, Buisson, Sarkozy) peut-elle peser sur les votes ? « C'est difficile à dire mais je ne le crois pas. C'est un vote avant tout local », estime M. Teinturier. « Les affaires ne modifient pas les rapports de force, mais elles peuvent jouer sur la mobilisation », pointe cependant M. Dabi. Le climat délétère des affaires, avec son lot de rebondissements quotidiens, ajoute aux incertitudes.

Les sondages municipaux sont-ils fiables ?



Les échantillons sur lesquels se fondent les sondages municipaux sont souvent plus réduits que ceux utilisés, par exemple, pendant la présidentielle : environ 600 personnes interrogées contre 1 000. La fameuse « marge d'erreur » s'en trouve mécaniquement – un peu – augmentée, même si cette jauge à 600 sondés demeure pertinente selon la Commission des sondages, l'instance de contrôle du secteur.

Autre souci, l'évaluation de la mobilisation est, reconnaissent les sondeurs, moins fiable que celle des intentions de vote. « C'est le point que les sondages ont le plus de difficulté à mesurer, alors que cela peut impacter fortement le résultat final. L'abstention fragilise les outils de mesure », prévient M. Teinturier.

La prévision des seconds tours, alors que les résultats des premiers ne sont pas connus, demeure elle aussi très fragile. « L'ordre d'arrivée au premier tour est fondamental, avec un avantage au candidat arrivé en tête. Il y a un effet “vote utile” au second tour », rappelle M. Dabi. « L'une des principales difficultés est d'évaluer la qualité des reports de voix, entre listes de gauche comme entre listes de droite », poursuit M. Cann. D'autant que ces reports peuvent dépendre de négociations locales compliquées, qui n'ont pas encore eu lieu…

Enfin, dernier écueil, pour les municipales, le nombre de sondages réalisés par ville est sans commune mesure avec celui des études menées sur une élection présidentielle. « Il n'y a pas de séries », relève M. Dabi. Si, en 2008, les instituts de sondages avaient donné des estimations plutôt satisfaisantes, ce ne fut pas le cas en 2001, mauvais cru pour les sondeurs.

Pierre Jaxel-Truer

 

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