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06/03/2014

TYPHON DE FEU SUR TOKYO...

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« ... Il y avait grand vent cette nuit là - la nuit du 9 mars 1945 - s’entendit dire Michiko à sa grande stupeur.

Abasourdie, elle se rendit compte qu’elle était sur le point d’exprimer à voix haute des choses longtemps enfouies au fond de son cœur. Maintenant qu’elle avait commencé, elle ne pouvait plus s’arrêter. Ce grand étranger aux yeux tristes était tout à coup devenu pour elle une sorte de révélateur. Et justement parce qu’il était américain, elle n’éprouvait plus cette réticence à laisser les émotions monter à la surface qu’ont naturellement les Japonais, habitués à vivre au sein de familles nombreuses avec pour simples séparations des cloisons en papier de riz. Maintenant que son cœur avait déplié ses ailes, Michiko pouvait enfin dire ce qu’elle pensait.

Ma sœur Okichi rentrait chez elle en se dépêchant après sa journée à l’usine. Tout comme mon frère, elle avait foi en la guerre et refusait l’argent de mon père. Après la mort de son mari à Okinawa, elle a continué à faire de longues journées de travail pour soutenir l’effort de guerre. Au cours de cette nuit de mars, les sirènes ont commencé à hurler. Des vents furieux faisaient déferler un feu liquide sur la cité. Okichi était dans le quartier d’Asakusa. Comme tant d’autres, elle courut vers le temple pour aller se réfugier dans les bras de la déesse de la pitié. Et c’est la mort qu’elle rencontra.

 

Okichi portait le manteau à capuche réglementaire que le gouvernement japonais avait distribué au peuple pour se protéger les oreilles du bruit des raids aériens. Malheureusement, ces manteaux n’étaient pas ignifugés. La capuche prit feu, et ma sœur fut dévorée par les flammes. Ainsi que son bébé de 6 mois qu’elle portait sur le dos.

Les immenses ginkgos centenaires qui entouraient le temple de Kannon, aux feuillages si splendides et fournis pendant l’été, poursuivit-elle, ressemblaient à de grands cierges allumés. Les charpentes en bois, saturées de produits chimiques corrosifs, s’écroulèrent en écrasant tous ceux qui s’étaient précipités à l’intérieur pour trouver un refuge contre la tempête de flammes. Et les autres furent soit asphyxiés par le manque d’oxygène, soit brûlés vifs. »

Dans la nuit du vendredi 9 au samedi 10 mars 1945, 334 B.29, volants à basse altitude, font un raid incendiaire sur Tokyo en déversant 700.000 bombes M.29, répétant et dépassant celui de Hambourg en Allemagne en juillet 1943.

A 0h15, les deux premiers bombardiers larguaient leurs charges en suivant des axes perpendiculaires pour définir une croix de feu sur la ville. Avec un vent de 45km/h, 35 km2 de la ville sont incendiés et 200.000 civils sont tués, ébouillantés dans leur piscine où ils s’étaient réfugiés, brûlés vifs ou encore étouffés de manière atroce par manque d’air. En plus des cadavres, 150.000 personnes furent blessées.

Du 13 avril au 26 mai 1945, Tokyo subit encore 4 raids, de 400 B.29 chacun, qui détruisirent plus de 60 km2 supplémentaires.

Le major-général Curtis Emerson Le May, commandant des forces aériennes (US air force) fut l’organisateur de ce raid, le plus meurtrier de l’Histoire de la seconde guerre mondiale. Mieux que le phosphore utilisé à Dresde le 13 février 1945, la science humaine venait d’inventer le napalm, une essence gélifiée incendiaire.

Les Japonais enterrèrent leurs morts. Mais ils avaient une autre tâche à accomplir : oublier les malheurs de la guerre, se détourner des erreurs anciennes et recommencer une nouvelle vie. Ils devaient construire un avenir sur les cendres du passé.

Le général Douglas Mac Arthur avait, pour sa part, la mission d’édifier un ordre nouveau au Japon, tel que cela émanait d’un rapport Top Secret du bureau du président Truman.

Cela signifiait non seulement aider l’économie japonaise à se remettre sur pied, mais s’assurer également que celle-ci suivrait étroitement et sans dévier ….les principes de l’économie américaine ! On appelait cela officiellement la « démocratisation » du Japon.

Ce projet incluait une nouvelle constitution, la décentralisation du pouvoir fortement concentré du gouvernement japonais, la fin du militarisme et la dissolution des énormes zaïbatsu (ces conglomérats d’entreprises industrielles familiales qui avaient apportés tant de puissance au Japon d’avant-guerre).

Mac Arthur exigeait aussi l’élimination immédiate de tous les criminels de guerre et de tous les éléments soupçonnés d’appartenir à la gauche, dans les secteurs publics ou privés.

On pourrait penser qu’il s’agissait pour les américains de réaliser les premières fondations du Nouvel Ordre Mondial, que les gnomes de Wall Street veulent imposer partout.

Aujourd’hui, un musée et un centre commémoratif se dressent à l’endroit de l’épicentre de l’attaque.

Le Center of the Tokyo Raid and War Dammage a ouvert ses portes le 9 mars 2002. On y trouve des objets, des documents et des œuvres telles que des peintures de Kazuyo Funato et des photos de Koyo Ishikawa, deux survivants de cette nuit d’apocalypse. IN MEMORIAM.

Pieter Kerstens

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