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05/03/2014

La menace de sanctions contre la Russie est loin de faire l'unanimité à Bruxelles

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Quelques heures seulement après l'adoption de menaces de sanctions contre la Russie par les ministres des affaires étrangères de l'Union européenne (UE), lundi 3 mars à Bruxelles, la virulente sortie de l'ambassadeur russe aux Nations unies, Vitali Tchourkine, a douché les espoirs de tous ceux qui tablaient sur une inflexion de la rhétorique guerrière du Kremlin en Ukraine.

Ses propos inflexibles pouvaient se lire comme une réponse à la mise en garde adressée au Kremlin à l'issue de la réunion de Bruxelles, organisée à la demande de la Pologne, qui tire depuis plusieurs mois la sonnette d'alarme sur la détérioration de la situation chez son voisin ukrainien.

Pendant qu'ils débattaient des mesures à prendre, les ministres européens suivaient avec inquiétude l'évolution en Crimée et dans l'est de l'Ukraine. Au terme de leur rencontre de cinq heures, ils ont condamné « la violation manifeste de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Ukraine par des actes d'agressions des forces russes ». Sans toutefois utiliser le terme « d'invasion », préféré par les anciens pays de l'Est.

Doutes sur la portée des mesures



Si la Russie ne prend pas des « mesures de désescalade » en ordonnant le « repli » des forces russes dans « leurs zones de stationnement permanentes » en Crimée, l'Union européenne menace de prendre des sanctions contre Moscou lors du sommet extraordinaire des chefs de l'Etat et de gouvernement des Vingt-Huit, convoqué jeudi 6 mars, à Bruxelles.

Pour l'instant, les premières sanctions évoquées par l'UE dans son communiqué sont mesurées : menace de suspension des négociations sur les visas russes, report de celles portant sur un accord de coopération économique et interruption des préparatifs liés au G8 de Sotchi, prévu au mois de juin.

Plusieurs ministres européens ont cependant émis des doutes sur la portée de ces mesures et leur capacité à infléchir la position de Moscou. Didier Reynders, ministre belge des affaires étrangères, s'est dit « pessimiste » sur l'évolution de la situation en Ukraine et son homologue luxembourgeois, Jean Asselborn, ne cachait pas non plus son inquiétude. « J'ai bien peur qu'on ne soit qu'au début d'un processus plutôt qu'à sa fin », a-t-il déclaré.

La Pologne et les pays Baltes satisfaits



Toutefois, le texte adopté lundi par les Européens n'est qu'un premier pas. « S'il n'y a pas de mesures rapides et concrètes de désescalade », a prévenu Laurent Fabius, le chef de la diplomatie française, « les ponts seront coupés sur beaucoup de sujets ».

Mais la menace de recours à des sanctions, dont l'adoption est différée jusqu'à jeudi, est loin de faire l'unanimité au sein de l'UE. L'Allemagne, notamment, qui s'est imposée comme le principal interlocuteur de Vladimir Poutine, est réticente à s'engager sur cette voie, dont elle redoute les retombées sur ses nombreux intérêts commerciaux en Russie.

En revanche, les pays scandinaves, et surtout la Pologne et les pays baltes, traditionnellement plus revendicatifs vis-à-vis de la Russie, se sont montrés satisfaits de la réunion de Bruxelles, alors qu'ils se sont longtemps plaints de la « mollesse » de leurs partenaires européens vis-à-vis de Moscou. La Russie pourrait faire face « à de sérieuses conséquences » si elle poursuit son intervention en Crimée, s'est félicité Radoslaw Sikorski, le ministre polonais des affaires étrangères

« Rester graduel dans le langage »


A ce stade, fait-on savoir au Quai d'Orsay, il est encore nécessaire de « rester graduel dans le langage et les mesures de rétorsions envisagées. Elles seront calibrées en fonction de l'évolution sur le terrain ».

Si la Russie se montre intransigeante d'ici à jeudi, les Européens disent disposer de « toute une gamme de ripostes » qui pourraient être mises à l'ordre du jour lors de la réunion du 6 mars à Bruxelles : sanctions économiques, notamment dans le secteur bancaire, embargo sur les armes, gel des avoirs des institutions et des individus, suspension des négociations sur le régime des visas, etc.

La logique, note un diplomate européen, consiste à « envoyer des flèches sur les deux talons d'Achille » de la Russie : sa fragilité économique et son souci de respectabilité sur la scène mondiale. « Il n'est pas certain que Poutine ait envie de devenir un nouveau Mugabe », souligne-t-on au Quai d'Orsay, en référence au président du Zimbabwe, paria de la communauté internationale.

L'argument économique


A supposer que la Russie recherche encore le compromis, l'argument économique pourrait être le plus pertinent. Les menaces de sanctions et d'isolement proférées, dimanche, par John Kerry, le secrétaire d'Etat américain, ont semé un vent de panique sur les marchés russes et fait plonger la Bourse de Moscou, lundi.

En attendant les décisions que prendront les dirigeants européens, jeudi à Bruxelles, la pression diplomatique contre la Russie va se poursuivre, mardi 4 mars, avec la convocation d'une deuxième réunion de crise de l'OTAN sur l'Ukraine.

Elle est, à nouveau, convoquée par la Pologne, qui a invoqué l'article 4 du traité de l'OTAN, qui permet à chaque membre de l'Alliance atlantique de consulter ses partenaires chaque fois qu'il estime que sa « sécurité est menacée ». L'onde de choc du conflit ukrainien n'en est qu'à ses débuts.

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