Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

16/12/2013

FN et gaullisme : l’alliage choc

generation-phili_pot-Copie-38b98.png

Le vice-président du Front National, Florian Philippot a déclaré le 11 décembre au cours du ”Talk Orange – Le Figaro” : « Nous sommes aujourd’hui un parti clairement gaulliste ». Et d’expliquer que le FN « défend le projet pour la France du Général de Gaulle », c’est-à-dire indépendance nationale (souverainisme  et soustraction à la supranationalité de l’UE), grandeur de la France, « pacte social beaucoup plus affirmé », arrêt de l’immigrationnisme, revalorisation budgétaire de la Défense, remise en cause de l’intégration à l’OTAN.

Cette stratégie de récupération du gaullisme par la nouvelle direction du FN risque de se heurter à l’anti-gaullisme historique de Jean-Marie Le Pen et des anciens du FN, lié aux souvenirs de la guerre d’Algérie (”Algérie française”). (1) Encore que… Néanmoins, d’un point de vue machiavélien, donc politique et avisé, Marine Le Pen et Philippot, ont raison de se réclamer du gaullisme. Pourquoi ?

Tout d’abord, parce que les ”gaullistes” autoproclamés du RPR puis de l’UMP ont toujours été de purs imposteurs. De Gaulle a fonctionné chez eux comme une référence iconographique mais ses idées profondes ont été occultées et bafouées. De Gaulle n’était en rien le ”pragmatique” que les politiciens opportunistes du RPR puis de l’UMP ont décrit. Il avait des idées claires. Il aurait hurlé à l’idée du ”regroupement familial” (Giscard-Chirac, 1974), au spectacle de l’immigration de peuplement et de l’islamisation actuelles, aux accords de Schengen et de Maastricht, à la réintégration dans l’OTAN, au sacrifice du budget de la Défense comme variable d’ajustement (entamé par Chirac et Sarkozy), au naufrage de l’enseignement de l’histoire de France dans les programmes officiels, etc. 

Quand on lit le livre de mémoires d’Alain Peyrefitte C’était de Gaulle, on s’aperçoit que les positions de ce dernier sur l’immigration afro-maghrébine et sur l’islam étaient en fait plus dures que celles du FN actuel et feraient grimper aux rideaux les associations antiracistes et les policiers de la pensée si un ”gaulliste” de l’UMP les exprimait aujourd’hui tranquillement. (2)

Le FN vise donc adroitement par ce nouveau positionnement à capter à la fois une clientèle électorale authentiquement gaulliste, qui votait UMP par habitude sociologique, et des cadres qui pourront renforcer son appareil. De plus, ce marquage gaulliste permet d’effacer les scories pétainistes et collaborationnistes qui ont longtemps été un terrible handicap pour le FN, en proie à des assimilations diffamatoires avec le nazisme et le fascisme de la part d’un système médiatique under control. (3) Bref, l’ancrage du FN dans le gaullisme, qui va être dénoncé par les oligarques comme une imposture et une usurpation, est une belle opération médiatique de légitimation.   

Le ”gaullisme  réel” s’oppose au ” gaullisme officiel” qui n’est qu’un artéfact politicien. D’un point de vue neutre et descriptif de science politique, les positions du FN sont celles qui se rapprochent le plus du gaullisme réel. Avec cette différence pourtant : les idées de Charles de Gaulle étaient nettement plus libérales en économie que celles du FN, puisqu’il se réclamait des idées de Rueff (disciple de Maurice Allais et de Schumpeter) qui allient planisme, libéralisme et autarcie continentale, alors que le FN actuel est plutôt keynésien, colbertiste et socialisant. Ce qui, à mon sens, est une erreur programmatique due à une réflexion économique insuffisante. Passons.

De Gaulle était en fait un ”maurassien ” dissident, nationaliste mais non pas royaliste. Il regrettait la monarchie, détestait le modèle partitocratique et parlementariste des IIIe et IVe Républiques hérité de 1792 et de 1848, et voulait fonder une république monarchique sur le modèle napoléonien (plus celui de Napoléon III que de Napoléon Ier, d‘ailleurs), moins la loi successorale. Le gaullisme s’inscrit dans un modèle bonapartiste et populiste, relativement anti-parlementaire et très inquiétant pour l’oligarchie, parce que réellement démocratique et méfiant envers les corps intermédiaires. (4) De Gaulle ne voulait pas un État pachydermique et faible mais un État maigre et fort, pas un État Providence mais un État incitatif et dynamique, non fiscaliste. Avec ce paradoxe peu mentionné par les politologues, mais subodoré par Philippe Nemo, que la conception gaullienne de l’État n’est pas très éloignée de la philosophie de la Constitution américaine…

Mais surtout Charles de Gaulle (il suffit de lire ses textes qu’on évite évidemment d’enseigner dans les écoles de la ”République”) avait  une vision profondément ethnique et enracinée de la France, diamétralement opposée à l’idéologie officielle diffusée par l’oligarchie actuelle. L’idée d’un melting pot à la française le révulsait. Comme l’expliquait Peyrefitte (op. cit.), le choix de la décolonisation et du largage de l’Algérie était motivé par le refus d’un modèle français impérial et multiracial au profit d’un modèle national eurocentré. Malheureusement, les successeurs de CDG, pseudo gaullistes, ont laissé faire l’immigration de peuplement (colonisation à l’envers) qui métamorphose et donc abolit la France.

De Gaulle avait une conception à la fois traditionnaliste et futuriste de la France (le choix du nucléaire et du spatial), avec une vision sociale du capitalisme libéral (la ”participation”) qui, encore une fois, s’inscrivent dans la filiation politique du Second Empire. « La France vient du fond des âges, elle vit.» in Mémoires d’espoir (Plon). Autrement dit, elle reste elle-même en tant que nation (c’est-à-dire anthropologiquement et culturellement) tout en évoluant dans ses formes.

Sur l’Europe, la préférence de CDG pour l’ ”Europe des Nations” (doctrine du visionnaire Talleyrand) contre l’Europe fédérale unifiée et ouverte (modèle kantien) dont le fonctionnement est comparable à celui d’un voilier sans safran, n’a pas du tout été suivie par ses successeurs ”gaullistes”. En ce sens, Charles de Gaulle n’a pas eu de véritables descendants capables de prolonger son héritage. Henri IV connut le même sort et, bien avant lui, Périclès, sous d’autres cieux. Il est difficile d’être à la fois traditionnaliste et révolutionnaire.

Le Front National aurait donc intérêt à citer de Gaulle, dans tous ses passages politiquement incorrects au regard de l’idéologie dominante. Afin de devenir inattaquable par la police de la pensée, coutumière de la reductio ad hitlerum, dispositif central de son terrorisme intellectuel. La stratégie de réinvestissement du concept gaulliste par le Front National est d’une redoutable habileté et peut bousculer la donne politique en créant un scandale. Mais un scandale objectif. Car, objectivement, les positions du Front National sont celles qui se rapprochent le plus du gaullisme historique, en dépit du fait paradoxal que le FN est né sur un terreau antigaulliste. Le seul problème qui demeure est que, sur le plan économique, les positions du FN ne sont pas assez élaborées et à la traîne de la vulgate socialiste plan-plan.

Nicolas Machiavel, dans Le Prince, conseille aux politiques, gouvernants ou en appétence de gouverner, de pratiquer le meilleur des cynismes, le cynisme de la vérité.

Guillaume Faye

(1). JMLP a coutume de dire par antiphrase que le refus de l’Algérie française a débouché sur la ”France algérienne”. CQFD.

(2) « Je ne voudrais pas que Colombey-les-deux-Églises devienne Colombey-les-deux-Mosquées » Voir aussi les nombreux propos de CDG sur « la France, pays de race blanche, de religion judéo-chrétienne et de civilisation gréco-latine » ou ses opinions anti cosmopolites sur la composition ethnique de la France ou, selon lui, les citoyens non-européens d’origine ne devaient constituer qu’une infime minorité. Opinion d’ailleurs conforme au bon sens aristotélicien et à la doctrine de l’homogénéité ethnique largement partagée dans tous les pays d’Afrique et d’Asie.  

(3) Le système médiatique et politique s’est longtemps épuisé à faire passer le FN pour antisémite et héritier de Vichy. Voir le montage de l’affaire de la profanation d’une tombe juive à Carpentras, l’affaire du ”détail”, etc. Dans le même temps, l’antijudaïsme des milieux islamiques est toléré ou passé sous silence. (cf. mon essai La nouvelle question juive, Éd. du Lore)

(4) De Gaulle a démissionné après l’échec du référendum de 1969 qui proposait notamment d’abolir le Sénat.

Source : "J'ai tout compris"

Les commentaires sont fermés.