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19/10/2013

La rumeur du 9-3, une peur irrationnelle ?

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Elle court depuis des années. La rumeur dite « du 9-3 » étend ses tentacules gluants sur la ville de Niort. On en parle franchement aux terrasses des cafés, on chuchote des « infos » qu’on aurait « de source sûre » au bas des vieux immeubles du centre-ville. Le dimanche, autour du gigot familial, après deux ou trois verres de pinard, on s’emporte, on se confie, on s’engueule ! « C’est pas possible, ils ne vont pas faire ça »n dit l’un. « Si, tout est déjà organisé », assure l’autre. La cause de tout ça : « il » se dit que la ville aurait passé une convention avec le conseil général de Seine-Saint-Denis pour accueillir, contre de l’argent, des populations noires en provenance du « 9-3 ».

 

La rumeur s’est développée dans d’autres villes, à Poitiers, Limoges, Châlons-en-Champagne, entre autres. « Je considère qu’au-delà des démentis que j’ai pu publier en vain, la situation atteint désormais un seuil de gravité inacceptable », écrit Geneviève Gaillard, maire PS de Niort qui a déposé plainte contre X. Benoist Apparu, maire UMP de Châlons-en-Champagne, a fait de même : « Depuis des mois, on nous rapporte des récits fous. Il fallait casser la rumeur avant que la campagne municipale commence. » D’aucuns accusent déjà à demi-mot le parti de qui vous savez. Pascal Froissart, spécialiste de la rumeur, parle d’ailleurs de « relent populiste, de haine des élites » sur France Info.

 

En 1969 à Orléans, une fulgurante rumeur avait dévasté la ville en quelques jours. On racontait que des jeunes filles avaient été enlevées dans des cabines d’essayage des boutiques de prêt-à-porter tenues par des juifs…La même rumeur, copiée-collée, ressuscita cinq ans plus tard à Chalon-sur-Saône. On incrimina les anciens collabos, les pro-Palestiniens, des jaloux… Comme l’a analysé à l’époque Edgar Morin, on était passé du « prêt-à-porter au prêt à déporter ». Le sociologue traduisait la folle rumeur par la peur de la modernité : dans ces boutiques, les jeunes filles pouvaient s’acheter des mini-jupes, se regarder nues dans une glace. Le monde changeait brutalement. La rumeur d’Orléans comme de Chalon puisait sa folie dans un fond de réalité : la traite des blanches n’était pas qu’un mythe, Albert Londres l’avait déjà montré.

 

Cette peur de la « modernité » — hier la libération sexuelle, aujourd’hui l’invasion migratoire — se traduit de mille façons. Les Français de ces villes moyennes, encore à peu près préservées des grands mouvements de population, sentent que la vague va inévitablement arriver. Il y a eu des phrases d’élus qui ont évoqué un éventuel transfert de population, il y a eu le président Sarkozy qui a dit que « le métissage serait obligatoire » (discours du 17 décembre 2008). Le trop plein démographique du 9-3, et par-delà de l’Afrique, va bien un jour déborder, et les élus sont bien obligés de préparer le pays. La rumeur du 9-3 n’est-elle qu’une terrible prémonition ?

Joris Karl 

 

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