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19/10/2013

Front National : pour une critique positive par Guillaume Faye

Cette analyse du ”nouveau FN mariniste”  est un peu longue. C’est pourquoi elle est divisée en cinq parties : 1) L’union des vrais indignés. 2) D’où vient la hausse de popularité du FN ? 3) Faiblesses stratégiques et idéologiques. 4) La communication du FN : où est le programme ? 5) Avenir : parti de gouvernement ? 6) Que faire en cas d’accès au pouvoir ?

En tout, la lecture de ce long article (pour le web) vous prendra environ 15 minutes. 

 1. L’UNION DES VRAIS INDIGNÉS

Brignoles (13 octobre) : on n’a jamais vu, depuis les débuts mêmes de la IIIe République, une petite cantonale partielle si médiatisée !  C’est dire si le FN passionne et inquiète. Après la scission échouée (et prévisible) du MNR et une période de basses eaux, le FN, sous la houlette de Marine Le Pen, s’est refait une santé. Beaucoup avaient prédit qu’après l’élection de Sarkozy en 2007, le FN, qui avait été siphonné, était définitivement cuit. Lourde erreur.

De récentes élections partielles et une série de sondages ont démontré plusieurs choses ennuyeuses pour l’appareil politicien et l’idéologie dominante : 1) le FN progresse dans l’opinion et égalise les intentions de vote des deux faces de Janus : PS et UMP. Il devient une nouvelle force, avant l’extrême gauche. 2) Le « front républicain », stratégie électorale et idéologie qui sous-entendent depuis longtemps que le FN n’est ni républicain, ni démocratique, mais fasciste, se dégonfle comme une baudruche. Le bon sens populaire se substitue aux fantasmes et mensonges des intellos et des politiciens.  La « dédiabolisation » de Marine Le Pen  est en train de réussir. L’électorat populaire au contraire se rend compte que les qualificatifs « non républicains » et « non démocrates » s’appliquent au PS, à l’UMP, au Front de gauche et à EELV, mais que seul le FN y échappe. 3) Le FN aimante des voix UMP et PS, voire réussit ou réussira des ralliements d’élus et de personnalités de la droite et de la gauche traditionnelles.

Ce phénomène est bien connu des sociologues : en politique comme ailleurs, on se rallie au gagnant. Le FN, parti populaire en mal d’élites et de cadres jusqu’à une date récente, peut parfaitement en aimanter. Ça commence. Des gens (j’en connais pas mal) qui, jusqu’à présent vouaient une détestation horrifiée au FN commencent à changer d’avis. C’est la nature humaine, il faut faire avec : le moustique est attiré par la lumière et le malade par le médecin.

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Donc, le FN de Marine est en train de décoller de son produit l’étiquette « extrême-droite », terme par ailleurs purement médiatique et sans consistance politologique. Évidemment, le système réagit : le Parlement européen – éponge à lobbies, champion mondial de la corruption passive –   a levé l’immunité parlementaire de Marine Le Pen pour qu’un procès lui soit fait en France (affaire des prières de rues musulmanes assimilées à une ”occupation” comparable à 1940-1944) et qu’elle soit condamnée à l’inéligibilité pour la présidentielle de 2017. Sans parler du déni complet de la liberté d’expression, du détournement des lois ”antiracistes”, cette manœuvre prouve à l’évidence que le système politique au pouvoir en France, mais aussi en Europe, a très peur d’une marée électorale frontiste. Le peuple de souche est dangereux, se dit-on, il obvie aux projets de notre oligarchie (1)

Cette remontée du FN ne s’explique pas seulement par la stratégie de sa présidente, seule femme en Europe à diriger un grand parti ; mais aussi parce que la situation objective des classes populaires françaises de souche se dégrade et qu’elles ne croient plus aux partis officiels de droite ou de gauche. Le nouveau FN pioche dans les deux camps. Il inaugure donc une position ”trans-courants”, absolument insupportable pour le système, attaché à son clivage institutionnel. 

La position de l’UMP, « droite républicaine », donc fréquentable mais illisible dans son idéologie et terriblement divisée fait écho aux pets de nonne du PS au pouvoir qui ne parvient plus à barrer le navire. En  face, la « bête », comme dit M. Valls (2), fait pousser les horribles têtes de la pieuvre : le FN en pleine montée en puissance. La présidente Marine a raison de proclamer « on ne parle que de nous ! » Ou plutôt elle est imprudente.  Car il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué et ne pas crier victoire avant de l’obtenir. 

Mais il est vrai que l’UMPS est déstabilisé par le décollage d’un aéronef imprévu nommé Front National. Ce dernier est passé d’un statut de force marginale et diabolisée à celui d’une entité populaire représentative et non-représentée, ce qui est gênant dans le cadre d’une démocratie ”exemplaire” qui donne des leçons à la Russie.   

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Pourtant le FN revient de loin. Après la scission putschiste ratée du MNR (3) et le plongeon de l’élection présidentielle de 2007, Marine Le Pen arriva et le phénix renaquit de ses cendres. Le fait qu’un parti politique, classé par l’oligarchie médiatique dans la catégorie du crocodile jurassique ringard et méchant, soit dirigé par une jeune femme – cas unique en Europe–  a cassé d’un coup la grille analytique des médias. L’image de marque du parti changea de nature. Il y eut aussi une autre cause exogène à la renaissance du FN : la dégradation de la situation générale du pays, alternativement géré par les deux branches incompétentes du vieux radical-socialisme, à savoir la droite UMP (pseudo-gaulliste) et la gauche PS (paléo-marxiste embourgeoisée). Et le fait, aussi, plus profond sociologiquement, que l’oligarchie s’éloigne tendanciellement du populus, c’est-à-dire des gens de souche, phénomène classique très bien repéré par les historiens (4)

Pour les futures municipales, le FN investit énormément de jeunes de moins de 30 ans, des neufs et des neuves, pour casser l’image politicienne des partis traditionnels, encombrés de dinosaures. Avantage : le FN, très habilement, se positionne dans le registre « jeunes conservateurs révolutionnaires mais réalistes »,  concept très positif depuis longtemps pour casser la polarité droite/gauche. Inconvénient : une fois passée la fête électorale, les élus un peu trop jeunes manquent en général de muscles et d’expérience. Et surtout, il faut appliquer le programme – s’il y en a.

D’autre part, le nouveau FN de Marine Le Pen pratique l’ouverture aux ralliés des deux bords et de tous les horizons : Fabien Engelman, ex-syndicaliste CGT, ancien membre du NPA trotskyste, 34 ans, tête de liste en Moselle à Heyange, ou bien Mango Shematsi, ex PS, 55 ans, professeur d’économie, d’origine togolaise, tête de liste à Saint-Martin-d’Hères (Isère), ou encore des déçues et déçus de l’UMP, venus du monde libéral, dont la liste est longue.

Le FN – c’est la ligne astucieuse de Florian Philippot – joue la carte du rassemblement national patriotique, trans-courants, contre l’oligarchie au pouvoir et ses clivages traditionnels. L’avantage est évidemment de fédérer les mécontentements. La difficulté sera de faire une synthèse crédible et admise pour des gens venus d’horizons si divers. Très difficile de passer du négatif au positif.

Le FN n’est pas pour l’instant divisé politiquement, mais il l’est idéologiquement, en infrastructure. Les divergences idéologiques n’apparaissent pas encore. Elles sont masquées par la fièvre agréable de l’opposition et la perspective romantique (et révolutionnaire ?) d’un futur séisme électoral. Mais pourtant, les contradictions son bien présentes. En politique, le grand écart est plus difficile que sur la scène de l’opéra. En général, il donne lieu à une hernie : le centre mou.

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Hervé Morin, centriste (donc radsoc), ancien ministre de la Défense de M. M. Fillon et Sarkozy, profil type du politicien de série télé, déclare au lendemain de la victoire du FN à Brignoles : «  Il est clair désormais que le FN peut arriver au pouvoir par la voie des urnes. Cette réalité doit inciter tous les partis à revenir au plus vite à la doctrine du front républicain et de la frontière infranchissable avec l’extrême droite ». Extraordinaire aveu anti-démocratique et anti-républicain : la voix des urnes n’est pas légitime s’agissant du FN, implicitement assimilé à l’hitlérisme, supposé être parvenu démocratiquement au pouvoir (5).  D’autre part on notera que la droite et le centre se disputent sur le contenu de ce concept de ”front républicain” et sur sa pertinence. Querelle sur le sexe des anges, dont le bon sens populaire se moque. 

Cette bipolarisation FN v. UMPS et alia sera beaucoup plus efficace électoralement que le FN comme ”troisième force”. Le parti des vrais indignés de souche contre le système. Cette rhétorique politique bipolaire (qui consiste à amalgamer les adversaires) a toujours été plus efficace que la ”troisième voie”, comme Carl Schmitt l’avait fort bien expliqué. Il y a toujours deux camps, jamais trois.

 2. D’OÙ VIENT LA HAUSSE DE POPULARITÉ DU FN ?

L’explosion de popularité du FN (lié à la cote d’amour de sa présidente et à son unité d’apparence – en contraste absolu avec les divisions de la majorité et de l’opposition) tient largement à un sentiment de rébellion populaire envers l’oligarchie. Elle tient aussi, comme depuis longtemps mais de manière toujours plus accentuée, au sentiment qu’il est le seul à pouvoir endiguer et refouler une immigration de plus en plus incontrôlée et lourde à supporter ; mais aussi le seul à pouvoir réassurer la sécurité publique face à une criminalité et à un laxisme judiciaire dont les classes populaires, dans leur bon sens, sont les seules à souffrir et connaissent parfaitement l’origine chimique : immigration invasive + gauchisme bourgeois des élites.

Elle tient enfin à l’idée diffuse que le FN pourra limiter la casse, stopper la logique de colonisation migratoire, et peut-être restaurer une identité ethno-culturelle nationale notamment face à l’islamisation mais aussi face à la dévalorisation de l’identité française « de souche », par exemple dans les programmes scolaires, les politiques « culturelles », et généralement face à la dépossession ethno-culturelle dont souffrent les autochtones dans leur propre pays. etc.. Bref, les fondamentaux du FN font toujours partie, aujourd’hui plus qu’hier, des motivations de ses partisans, anciens ou nouveaux. (6) Le FN appartient, psycho-politiquement, à la catégorie du sauveur, du recours ultime. (« tenez bon, on arrive ! »).

C’est pourquoi, il commettrait une erreur monumentale en mettant un bémol sur ces fondamentaux, en se laissant entrainer et affadir par la moralité factice des modérés. D’autant plus que les accusations diabolisantes de parenté avec les anciens fascismes fondent d’elles-mêmes, puisque le FN est en train de réussir à refaire son storytelling.

 Le FN semble, pour l’opinion avoir pris acte de ce que j’ai appelé « la nouvelle lutte des classes » (7), c’est-à-dire l’opposition aigüe d’intérêts entre l’oligarchie, les corporations protégées et privilégiés, les fonctionnaires surnuméraires, les catégories parasitaires (dont immigrées) d’une part, et les forces vives de souche d’autre part, objectivement exploitées, maltraitées, méprisées, ignorées.

Cette hausse de popularité du FN hors de sa sphère socio-politique tient aussi à la nouvelle volonté affichée du FN ”mariniste” d’accéder au pouvoir (logique d’espoir) et non pas de se contenter de protester. J’en parle plus bas. 

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Selon l’expression de Philippe Biger,  une partie du peuple français se sent « en exil dans son propre pays ». Le paysage ethno-culturel a été bouleversé, l’unité à la fois anthropologique, culturelle et républicaine (qui prolongeait l’unification royale commencée avec Philippe Auguste) de la France est brisée, ce qui constitue un cataclysme historique. La France n’a plus de mémoire unifiée (passé) et donc plus de destin uni (futur). Elle est devenue ce qu’il y a de plus instable en chimie politique : une société de communautés. Le FN joue donc le rôle d’un recours futur, d’une protection à venir, se substituant à un État qui prélève beaucoup d’impôts mais ne remplit plus le contrat social de base : ”vous payez, je vous protège”.  Cela vaut  évidemment pour la sécurité autant que pour l’identité.

 Les « partis de gouvernements » (majorité et opposition) se déchirent ou manœuvrent, se livrant au carriérisme, au clientélisme, à la langue de bois et à langue de coton, tandis que le pays s’écroule doucement. Dans ce paysage, seul le FN parle politique et fait de la politique , selon l’analyse faite jadis par feu Jean Baudrillard dans Libération, ce qui ne lui a pas valu que des amis. 

Le fait que le FN soit devenu non seulement le centre de la vie politique, mais l’ennemi principal de toutes les autres formations partitocratiques est une chance exceptionnelle pour lui. Cela conforte son analyse (”UMPS”), reçue cinq sur cinq par l’opinion : il y deux partis en France, nous et tous les autres.

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Une autre force du FN est de jouer du bon sens populaire contre l’intellectualisme, idéologique et sophistique, aux couleurs « humanistes » de l’oligarchie, totalement déconnecté du réel : par exemple quand Marine Le Pen déclare, à propos du déversement des ”réfugiés” de Lampedusa : « tant que vous laissez penser à ces hommes et à ces femmes qu’ils ont la possibilité d’être régularisés, vous lancez un message à des centaines de milliers d’autres », elle donne écho au bon sens basique, inconnu des germanopratins. De même que le discours qui présente l’immigration comme une fatalité économique n’est pas cru par les classes populaires, qui comprennent parfaitement l’effet de pompe aspirante, provoqué  par l’État-Providence et qui adoptent volontiers l’option de l’ immigration zéro refusée par Copé comme ”impossible” (8) . Sur ce chapitre de l’immigration, le FN n’a surtout pas intérêt à relâcher la pression. Il doit bien se garder de recourir à l’argutie de l’ « immigration maîtrisée », notion inapplicable dans le cadre européen actuel. Et il doit ajouter que l’”immigration zéro” est devenue nécessaire mais insuffisante et qu’il faut procéder à une ” émigration ”. Vous avez tout compris, je n’insiste pas lourdement. Autrement, les couches populaires se détourneront du FN.

Le plus intelligent, pour le FN serait de revenir au discours de bon sens de De Gaulle, tel que le rapporta Alain Peyrefitte, sur l’immigration et la composition ethnique de la France (in C’était De Gaulle, un livre très gênant pour les ”gaullistes” autoproclamés).

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Une des forces du « nouveau FN » et de la stratégie de Marine Le Pen, c’est que : 1) contrairement à l’impression que donnait son père, elle veut vraiment le pouvoir et pose son mouvement en parti de gouvernement et non pas seulement en force protestataire ; ce qui provoque un surcroît d ’électeurs ; 2) elle a déclaré (11 octobre) qu’elle voulait se battre pour accéder à la présidence de la République « non pas pour avoir des maires ou des conseillers généraux, mais pour changer la situation ». Ce langage gaullien, politique et non politicien, tranche, pour la majorité silencieuse, avec l’impression que donnent l’UMP et le PS : constituer des clans et des castes endogènes (satrapisme et clientélisme) centrales et régionales, sans souci de changer vraiment les choses (sauf en paroles) et d’enrayer la course à l’abîme. L’expression « changer la situation » est sémantiquement très forte et échappe à la langue de bois (ou de coton) partout entendue.

 Ce qui est proprement renversant, c’est l’argument suivant, offert par la droite et une partie de la gauche : ”à être trop laxistes sur l’immigration et la sécurité, nous risquons d’offrir un boulevard au FN, au populisme, principal danger contre la république et la démocratie”. Sous-entendu : populisme = fascisme = dictature. Argument éculé, refusé par le bon sens populaire. Non, non, disent-ils, le danger majeur ce n’est pas la dilution de l’identité nationale, l’explosion de l’insécurité, la destruction de la cohésion sociale, c’est le FN, c’est la « lepénisation des esprits ». Ce genre de sophisme ne fonctionne plus que dans les salons bobos et les salles de rédaction. (9) 

3. FAIBLESSES STRATÉGIQUES ET IDÉOLOGIQUES

Mais cette hausse de popularité du FN est trans-courants et donc difficile à gérer. Elle traverse aussi les familles socio-politiques installées. Déçus de la gauche, déçus de la droite (aux idéologies politiques contraires et adverses), c’est un ensemble flou, politiquement instable et fragile. C’est ce chiasme sur la doctrine économique et sociale qui est, à mon avis, une bombe à retardement au sein du FN.    

Le FN souffre en réalité du manque d’un projet, d’un programme global, qui existe peut-être sur le papier (s’il est cohérent) mais qui n’est pas médiatisé. Le FN semble mal utiliser sa force actuelle. Il rassemble des opposants hétéroclites, mais peine à rassembler autour d’une doctrine claire. Paradoxalement, au fur et à mesure que le FN s’implante dans les territoires, surtout les villes moyennes au détriment des conurbations, on a l’impression que sa doctrine centrale est flottante. Notamment sur le volet socio-économique.

La stratégie du FN ne doit surtout pas être plus politicienne que politique . En voulant capter un électorat populaire de gauche, le FN a pris des positions économiques qui flattent cet électorat. Positions qui relèvent d’un logiciel archaïque et qui ne fonctionne plus. Nulle part. Par exemple : le retour de la retraite à 60 ans, justifié par des sophismes qui, financièrement, ne tiennent pas la route. Certes, Martine Le Pen a pu déclarer, au lendemain de la victoire de Brignoles (13/10/2013) : « le danger est mondialiste, c’est le libre-échange et l’ultralibéralisme. Le laisser-venir en matière d’immigration, le laisser-faire en matière de finances ». Elle se prononce contre le « socialisme », pour l’ « économie de marché » (encore heureux, seuls la Corée du Nord, Cuba, EELV et le Front de Gauche sont contre dans le monde), pour « la liberté, la défense des entrepreneurs, des artisans et des commerçants » (toujours importants dans l’électorat FN), pour « lutter contre tout ce qui fait augmenter le chômage » en pointant très justement« l’augmentation du coût du travail ». Tout cela est parfait. Néanmoins, on aurait aimé des propositions concrètes sur la baisse du coût du travail, c’est-à-dire la baisse des charges sur les entreprises (plus 30 milliards d’euros de hausse entre 2010 et 2013, record mondial), clé de l’embauche, de la fin des fermetures d’entreprises et de la baisse du chômage et donc sur la révision de l’État-Providence à la française.

Marine Le Pen asserte que le financement (de cet État-Providence maintenu en perfusion de fin de vie) pourra être trouvé en récupérant « l’argent de l’immigration, qui nous coûte une fortune, 70 milliards d’euros par an ». Outre que ce chiffre soit très sous-estimé, c’est une des solutions, mais pas la seule. La vraie solution, c’est la fin de la culture de l’assistanat et du fiscalisme, c’est-à-dire, pour faire clair, du logiciel  communiste.    

De même, on attend toujours des propositions claires sur la ”défonctionnarisation” de la France, sur la fin du subventionnisme, sur l’assainissement des finances des collectivités locales, sur la simplification du mille-feuilles territorial, sur l’abolition des 35 heures et des impôts confiscatoires etc. Il ne faut pas croire que le FN perdra son nouvel électorat populaire en critiquant l’État-Providence et ses distributions en faveur des parasites. Le peuple est entrepreneur et n’aime pas l’assistanat.

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Concernant l’Europe, la position ultra souverainiste du FN est fondée, sur le plan de la critique : l’UE est devenue une caricature, une machine technocratique objectivement destructrice de l’identité des peuples européens, une sorte d’URSS libérale (mais bureaucratique !) au plus mauvais sens du terme, une construction ubuesque que même les européistes fédéraliste (comme la militante eurodéputée Sylvie Goulard) regardent avec le désespoir de l’amour déçu. Néanmoins , autant la thèse du FN sur la dénonciation des accords de Schengen est pertinente, autant une sortie brutale de l’Euro n’est pas crédible. C’est un gimmick qui peut se révéler nuisible (voir ailleurs, articles à ce propos sur ce blog). La position anti-euro du FN se heurte au fait qu’un retour à une monnaie nationale (sauf pour le mark, qui est en réalité l’ euro et vice versa) signifierait une dévalorisation rapide de toutes les épargnes et avoirs fiduciaires et une inflation ingérable, ainsi qu’à une reconversion monétaire très lourde pour toutes les PME, sans parler de la fuite des capitaux.

Le FN aurait mieux fait de proposer une refondation des institutions de l’UE, argumentée, assise sur des propositions inspirées de l’idéal de l’ ”Europe des Nations”. Là encore, on attend du FN des propositions, crédibles, concrètes, argumentées, pour une nouvelle UE, plus que des imprécations qui laissent sceptiques et sentent l’amateurisme.

Le grand écart que fait le FN entre des positions classées à gauche et à droite, qui est d’ailleurs assez fréquent dans l’histoire européenne du XXe siècle, présente des avantages (synthèse, rassemblement) mais aussi un danger : perdre un électorat plus important ou aussi important que celui qu’on gagne. De ce point de vue, les propositions économiques du FN sont  risquées : elles peuvent braquer la frange électorale (dite improprement ”libérale”) opposée aux dérives de l’État-Providence. Cette réserve électorale, issue de la petite bourgeoisie entreprenante, est très élastique, politiquement. Elle est aussi plus sensible aux arguments économiques concrets qu’aux mirages de l’idéologie et des grands mots.

Au delà de l’efficace pêche électorale aux voix de gauche, dans un pays à la culture économique déficiente, drogué à l’État-Providence, la question de la pertinence du programme socio-économique du FN se pose donc. Plutôt que de se rallier aux positions de Maurice Allais et de Schumpeter (liberté entrepreneuriale, refus du système fiscaliste, subventionnaire et allocataire pseudo-social, et protectionnisme européen intelligent), celles de l’ ”économie organique”, le nouveau FN adopte des points de vue très discutables, en partie du moins. Certes, ils peuvent paraître ”populaires” électoralement, mais ils se réfèrent à une vieille logique socialiste qui s’apparente à un tacot idéologique : par exemple le retour à la retraite à 60 ans ou l’embauche de nouveaux fonctionnaires relèvent du rêve éveillé. Les options économiques du FN, inapplicables, déconnectées du réel, très proches de celles du social-étatisme (fondé sur une conception faussée de l’État) sont sa faiblesse à moyen terme, dans le cadre de la crédibilité d’un parti de gouvernement. En gros : le socialisme moins le laxisme migratoire et sécuritaire. J’ai exposé des solutions économiques, pour la France et l’Europe, dans mon essai Mon Programme (Éditions du Lore). J’espère que les dirigeants du FN les consulteront.

4. LA COMMUNICATION DU FN : OÙ EST LE PROGRAMME ?

Le FN eut jadis (« Atelier de propagande ») des talents pour la communication politique, notamment pour les slogans. Par exemple : « tenez bon, on arrive ! » Excellent.

Aujourd’hui, on a l’impression que la force de communication du FN repose essentiellement sur les erreurs de ses ennemis et sur la présence médiatique de sa présidente, dont le talent rhétorique est évidemment très supérieur à ceux de ses rivales et rivaux politiques.   

De même, le FN ne communique pas suffisamment, alors qu’il se veut maintenant une force de gouvernement, sur la politique énergétique, la politique étrangère, la destruction actuelle de notre outil militaire, le renflouement d’une Éducation nationale à l’état d’épave, etc. Donc, il ne prend pas suffisamment une position nationale surplombante. D’ailleurs, on a pu voir dans des reportages des gens qui disaient voter FN en avouant…ne pas connaître son programme !  

Rien de meilleur pour un parti que de diffuser à des millions d’exemplaires une brochure de synthèse de son programme et d’en faire un événement. Pourquoi l‘UMP ne le fait-il pas ? Parce que les différentes tendances ne s’entendent pas entre elles sur la ligne politique. Pourquoi le Modem et l’UDI ne le font-il pas ? Parce qu’ils n’ont pas de programme. Pourquoi le FN ne le fait-il pas ? Là, on ne comprend pas. Ou s’il l’a fait, je n’en ai jamais entendu parler. On m’a objecté : ” tu ne te renseignes pas ! ”. Mauvais argument : ça fait très longtemps que je travaille dans la pub et dans la com et le principe de base c’est que la cible principale, c’est précisément celui qui ne se renseigne pas.

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 Il est devenu faux de dire que le FN fait la courte échelle au PS. Ou que, comme sous Mitterrand, le PS favorise le FN pour diviser la droite. Car le FN est devenu le pire ennemi à la fois de la gauche et de la droite. Ceux qui font la courte échelle au FN  sont : d’abord la droite UMP de Sarkozy, qui après avoir siphonné les électeurs FN en 2007, par pure rhétorique et promesses électorales, a vu fuir une partie de sa clientèle vers le FN faute d’avoir mené la politique promise (l’arroseur arrosé) ; ensuite, la gauche, qui ne rate pas une mesure, sur l’immigration, la justice, etc. propre à gonfler l’électorat FN.  Sans que ce soit d’ailleurs son but, évidemment, mais par simple délire idéologique.

En ce sens, si l’on peut déplorer – comme je le fais plus haut – l’absence de communication du FN sur un programme synthétique et global, on peut aussi remarquer comme Denis Tillinac : « Marine Le Pen [...] n’a et n’aura pas besoin de décliner un programme : la concurrence, autant dire l’”UMPS” fait et fera sa campagne, il lui suffira de paraître. ”Écoutez-les !” dira-t-elle benoîtement, et le tour sera joué » (Valeurs Actuelles, 17–23/10/2013).  

Mais c’est précisément là que réside le danger pour le FN : une trop grande facilité offerte par le contre-exemple de ses adversaires. Le risque est grand de ne fédérer que les déceptions, ce qui, en politique, est toujours éphémère.  L’action  doit suivre la réaction.

5. AVENIR : PARTI DE GOUVERNEMENT ?

Le FN peut parfaitement avoir un énorme succès aux prochaines municipales de 2014, puis arriver en tête aux européennes. Ce sera un succès médiatique et protestataire plus que politique. Une posture confortable et faussement victorieuse qui ne le rapprochera pas d’un pouce du pouvoir. Même s’il devient, sur le papier, le ”parti dominant de l’opposition”, voire le premier parti en voix. Ce genre de score est éphémère. Car enfin, muni de son programme économique actuel, qui n’est pas en rupture réelle avec les pratiques, le FN sera en très mauvaise posture s’il fait un score gagnant aux législatives de 2017. Prisonnier de ces idées socio-économiques inapplicables (idéologie contre praxis), il ne sera pas apte à devenir un parti de gouvernement. Il doit donc changer son programme socio-économique, avec habileté.

Si le FN, ce qui est très probable, gagne de nombreuses municipalités en 2014, ce sera une puissante vitrine en cas de bonne gestion, qui permettra d’augmenter encore les scores. Les municipalités FN seront examinées à la loupe, avec hargne et partialité, par les médias ligués.

 Comment le FN pourrait-il devenir un parti de gouvernement en 2017 ?

1) En obtenant seul la majorité absolue à l’Assemblée, après une élection de Marine Le Pen à l ‘Élysée. 2) En cas d’absence de ce résultat très hypothétique, en passant des alliances avec des bribes d’une UMP en pleine déconfiture ; ce qui supposerait que se brise l’actuel cordon sanitaire dressé par l’oligarchie. Dans ce cas, le FN pourrait entrer dans un gouvernement hétéroclite, comme celui d’aujourd’hui avec les Verts. Mais son actuel programme socio-économique serait un boulet, inapplicable face au mur des réalités.   

Le FN et l’encadrement, voici un autre problème. Quand un parti (ou toute organisation) décline, la loi sociologique est que les départs et scissions se multiplient. (”les rats quittent le navire”). Mais lorsque la structure soit renaît de ses cendres, soit se trouve sur une trajectoire ascensionnelle (cas du FN), beaucoup reviennent en repentis – certains diront méchamment ”à la soupe”. Le FN doit certainement s’attendre à récupérer des gens de ce profil ; mais aussi des militants et cadres venus de tous les autres partis.

En effet, un parti (comme toute organisation) ne peut être une tête sans corps. Le plus important dans sa structure, c’est l’échelon intermédiaire, les sous-officiers, l’encadrement moyen, ce dont manquait cruellement le FN qui avait une direction, une clientèle (les électeurs) mais peu de collaborateurs. Les choses changent mais un danger guette : diluer et affadir le projet lorsque s’étend l’assise des recrutements et des ralliements, proposer une sorte de synthèse fade de tous les courants idéologiques (la solution radsoc). Dans cette perspective, le FN ne doit surtout pas se départir d’un positionnement révolutionnaire, au sens, très efficace, de la révolution conservatrice.

 Comme jadis le MNR, créé sur une erreur grossière de marketing politique, les petit partis scissionnistes du FN n’ont aucune chance, sauf de faire perdre le FN en cas de scrutin à la marge. Les autres formations d’ ”extrême droite” n’ont, elles non plus, aucun avenir politique et électoral à l’ombre du FN – sauf, bien sûr à satisfaire les égos de barons locaux. Leur seul avenir est de se constituer en clubs métapolitiques, en think tanks. Mais encore faut-il en avoir les capacités.

Entre 2007 et 2012, 750.000 étrangers majeurs sont devenus français, donc électeurs, par naturalisation. Ils votent très majoritairement à gauche (c’est pourquoi le PS naturalise à tout va). Mais d’un autre côté, le PS – comme l’UMP – perd une partie de ses électeurs au profit du FN. L’un peut compenser l’autre. Mais à terme, l’électorat musulman ne va cesser de croître. Pour l’instant, il vote à gauche à 90%. Mais il votera pour lui-même, dans peu de temps. Ça, c’est un nouveau défi et le temps presse. J’en reparle tout de suite.  

 6. QUE FAIRE  EN CAS D’ACCÈS AU POUVOIR?

 Quand on passe de l’opposition au pouvoir, on passe du verbe à l’action. On peut décevoir par l’inaction ou horrifier par l’ excès. L’exercice est très difficile et l’est d’autant plus qu’on se proclame salvateur. Mais l’histoire démontre que c’est tenir ses promesses et affronter les ennemis qui surgissent qui est le plus difficile. La victoire n’est pas qu’électorale, elle est surtout post-électorale.  

 Le plus difficile pour le FN, s’il s’envisage sérieusement comme parti de gouvernement, sera de mesurer et d’assumer la force de la rupture, du changement de cap radical à mener pour la société française. Le FN au pouvoir devra gérer un programme objectivement révolutionnaire – pour les mentalités actuelles, perçu comme tel par l’air du temps. Il doit donc se préparer à une situation de tempête et non pas de ”gestion” ; à l’ « état d’urgence » et à la « force de décision » dont parlait Carl Schmitt. Il affrontera des oppositions extrêmement dures. (10) Il devra dompter une situation de crise qu’il aura créée en voulant prendre les problèmes à bras-le-corps. Les hostilités ne seront pas seulement nationales mais européennes et internationales.

Il ne s’agira plus de raffarinades radsocs et ”humanistes” mais de vraie politique. « Laisser du temps au temps », selon la formule stupide de cette vieille canaille de Mitterrand, ce qui revient à laisser pourrir les problèmes pour ne pas avoir à les affronter, ne sera plus de mise. En effet, un FN au pouvoir devra frapper fort tout de suite et n’aura pas beaucoup de temps devant lui. Car le temps presse et n’a jamais autant pressé : des masses de naturalisés allogènes, ainsi que les nouvelles générations d’immigrés ayant déjà la nationalité française, tous musulmans en très large majorité, – mais ne se sentant nullement ”nationaux” – vont grossir le corps électoral. Et le modifier structurellement (surtout en cas de vote des étrangers aux élections locales !). Le FN ne doit pas espérer les rallier (sauf exceptions rares) mais, qu’on le veuille ou non, les combattre.   

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Hélas, en effet, la nouvelle configuration politique française sera de moins en moins idéologique et de plus en plus ethnique, dans un pays que 40 ans de laxisme migratoire commencent à démembrer. L’implacable logique démographique (la démographie, seule science humaine exacte) est à l’œuvre. Si le FN parvient au pouvoir, avec Marine Le Pen à l’Élysée (ce que son père, bon analyste politique, envisage) et – plus difficile – une majorité à l’Assemblée, ce qui n’est pas à exclure en cas de dégradation catastrophique de la situation et de recomposition critique du paysage politique, il sera acculé à une position de combat. Le combat inamical, l’agôn,  c’est le cœur du politique et la loi de l’Histoire. Et ce sera peut-être celui de la dernière chance. On a encore un peu de temps mais pour peu de temps encore.  Et César franchit le Rubicon.

Guillaume Faye 

NOTES.

(1) Nommée « établissement » par Jean-Marie Le Pen, par traduction franglaise du terme « establishment », ce qui constituait au fond un double anglicisme ! Il faut parler d’oligarchie tout simplement.

(2) M. Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, ressemble à M. Sarkozy : la parole sans les actes. Mais c’est un excellent ”communiquant” dans le registre sécuritaire. Il vise l’Élysée. Le pire, c’est qu’il convainc les naïfs, toujours attirés par les faux durs.

(3) L’échec du MNR était parfaitement prévisible en terme de marketing politique.  On ne crée pas une nouvelle marque en fauchant une marque installée, même en débauchant les meilleurs cadres. Car la maison mère recrutera de nouveaux cadres. D’autre part, l’électeur (c’est-à-dire le client) ne s’intéresse pas aux problèmes des cadres. Les divers petits partis  fondés, en général, par des scissionnistes du FN, n’ont aucun avenir en terme de marketing politique, même en cas de situation révolutionnaire.  Car leur lisibilité et leur légitimité dans l’opinion sont marginales. Ils feraient mieux de se lancer dans une démarche métapolitique d’influence plutôt que d’essayer de s’investir dans une compétition électorale sans succès probable. 

 (4) Voir à ce propos les thèses de l’historien allemand de Rome, Theodor Mommsen, dont l’œuvre a été rééditée par Robert Laffont.

(5) La théorie ”antipopuliste” de l’arrivée parfaitement démocratique au pouvoir du NSDAP est aujourd’hui remise en cause par les historiens. Il y a bien eu « Coup d’État », même maquillé.

(6) Une des causes de la progression arithmétique des voix du FN à Brignoles est largement due à l’arabisation de la petite cité provençale.

 (7) La Nouvelle Lutte des Classes, brochure, Éditions du Lore, 2013

 (8) Le programme du RPR de 1991 prévoyait l’immigration zéro et le retour au pays. Rien à voir avec le programme de l’UMP d’aujourd’hui. Plus la situation s’aggrave, plus le programme se ramollit.

(9) Imaginons que la Prévention routière dise aux conducteurs : ”si vous prenez, ivres, l’autoroute à contresens, vous risquez une énorme amende et le retrait de permis”. Et non pas : ” vous risquez la mort”.  

(10) Carl Schmitt disait : «  c’est l’autre qui te désignes  comme ennemi, même si tu le déclares son ami ». À méditer dans la situation actuelle.

 

Source : "J'ai tout compris"

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