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30/09/2013

Le travail dominical : un détestable symbole

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Je ne sais quelle mouche a piqué la droite et une partie des ultras de droite pour oser affirmer que le gouvernement qui dirige actuellement la France est socialiste. Charles de Gaulle qui ne s’y trompait pas, considérait à juste titre qu’il n’aimait pas les socialistes, justement au motif qu’ils n’étaient pas socialistes. J’ai eu l’occasion d’évoquer le problème en ce début de mois avec une quinquagénaire, directrice des ressources humaines, aussi bien chez France Telecom puis à la Poste, qui m’a assuré que les grandes avancées en matière de capitalisme étaient bien plus le fait de la gauche que de la droite. Elle ne faisait là que confirmer ce que nous savions déjà, à savoir par exemple, que Jospin quand il fut premier ministre, libéralisa beaucoup plus que lorsque ce fut Balladur et Juppé réunis, qui occupèrent le même poste.

A chaque fois, le rituel est le même et se voit auréolé d’un nuage schizophrénique. Dans les paroles, les gouvernements de gauche claironnent à tous que l’essentiel sera sauvé au motif des droits de l’homme, de la question sociale et du cœur à gauche, avant dans les faits de faire le jeu du grand capital. Il faut aussi impérativement noter que les syndicats connaissent sur le bout des doigts le refrain, eux qui se veulent très timorés dans leurs revendication et opposition, dès lors où c’est la gauche qui exerce les pouvoirs. La encore, la schizophrénie est de mise, et ces syndicats ont aujourd’hui de plus en plus de mal à masquer à leurs supporters, le décalage entre leurs propos et leurs actes.

L’une des caractéristiques du totalitarisme est de claironner au quotidien un concept ou une expression jusqu’à la nausée. Bien sur, les plus jeunes ne peuvent ressentir ce qu’est devenue notre société depuis quelques décennies, faute de pouvoir comparer. En revanche, ceux qui disposent d’internet depuis une douzaine d’années, dont des jeunes, savent à quel point ce media a changé en raison de l’omniprésence de la publicité et des liens commerciaux. Ce qui est vrai sur la toile l’est tout autant dans la vie réelle où économie, comptabilité et publicité rythment notre quotidien. Nouveau totalitarisme, et bien plus dangereux que les précédents sachant qu’il n’est pas perçu comme tel, le totalitarisme actuel dont nous avons à subir les ravages, a pour toile de fond l’argent. Le slogan de naguère, « les riches toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres », s’il fut proclamé bien longtemps à tort au motif des réels progrès effectués au début de la cinquième république, redevient d’actualité. Et la toute puissance du capital s’exerce désormais avec de moins en moins de limites. Alors qu’il eut fallu méditer la catastrophe qui fut celle du communisme et éviter à tout prix de sombrer dans l’excès inverse, les occidentaux sont tombés dans le panneau. C’est ainsi que le grand balancier de l’histoire après l’infini, est en train de nous imposer le zéro (1). Infini cette fois ci du Capital et zéro de l’humain au sein d’une société qui de plus en plus vit et existe à la lueur des seuls chiffres. Ce primat de la quantité (2) doit bien entendu être perçu comme la déchéance de la qualité. Et fallait-il être barbare pour accepter la concurrence avec des pays où le revenu médian était – chiffres d’aujourd’hui – de 300 euros mensuels. On ne me fera pas croire que les dirigeants de l’époque ne savaient pas, les conditions à l’origine étant ce qu’elles étaient, que tout de par chez nous allait s’effondrer ; c’est ainsi que nous perdîmes chantier naval, construction automobile, textile, électroménager, ameublement, sidérurgie… Oui, ils ne pouvaient ne pas savoir, qu’en acceptant une concurrence qui n’était qu’un nom, la France mais aussi l’Europe, les Français mais aussi les Européens allaient tout perdre. En ce sens le chômage mais aussi ses corollaires comme la drogue et la délinquance ont été acceptés par les gouvernements de droite et de gauche de l’époque qui jouèrent à la roulette russe, toutes les balles dans le barillet, la France étant visée.

Le travail dominical n’est autre que la mise en cause d’un des fondements essentiels d’un pays qui est helleno-chrétien. Ce n’est certes pas à moi qu’il faudra imputer une quelconque accointance avec l’islam mais je dois avouer que les cinq prières quotidiennes qu’impose cette religion m’apparaissent fort sympathiques. Il va d’ailleurs de soi que les Catholiques, plus exactement ceux qui le sont restés, en font tout autant. Il me semble très sain de rythmer une journée par l’intermédiaires de prières – invocations pour les païens ? – au simple motif de n’être ni prisonnier d’un temps quantitatif ou d’un quelconque matérialisme biologique. Je reste intimement convaincu de ce que je croyais voilà quelques décennies, à savoir que l’animal humain doit perdurer dans l’effort (3), ce afin d’atteindre la dignité d’homme qui n’est nullement naturelle mais se voit acquise par l’intermédiaire de l’investissement de toute une vie. Il est d’ailleurs une autre interprétation que celle couramment admise, du titre d’une des œuvres du Baron : dans le titre « les hommes au milieu des ruines », il n’est pas certain que ces dernières représentent des minéraux. Le Baron avait peut être en tête que quelques hommes seulement émergeaient de la sous humanité environnante, réduite à l’animalité, n’ayant su atteindre l’altitude humaine (4).

Au motif du toilettage des lois qui ne sont pas claires, de l’emploi et comme toujours de l’effroyable liberté – celle là même qui oppresse – le gouvernement, tout sauf socialiste ou de gauche, va permettre progressivement – ne pas désespérer les succursales de Billancourt – le travail dominical. L’objectif est évidemment d’accroitre les revenus, surtout des multinationales, celles là même qui délocalisent et volent aux Français leurs emplois. Il n’est pas impossible d’ailleurs que l’on finisse – et ce serait là dans la logique du Système – de considérer que tous les jours soient équivalents (plus de primes pour le travail samedi et dimanche) mais aussi qu’il en soit de même pour les heures, également payées de jour comme de nuit.

Encore une fois, ce n’est pas tant dans le domaine strictement économique que le procédé est détestable (5), mais dans les domaines liés à l’humanité et à la hauteur qu’elle présuppose. Dans un monde où les valeurs boursières s’envolent, l’Homme est désormais une valeur à la baisse.

Alain Rebours

Notes :

1) Arthur Koestler : le zéro et l’infini.

(2) René Guénon : le règne de la quantité et les signes des temps

(3) Petit clin d’œil à Spinoza et à son « conatus »

(4) Julius Evola : les hommes au milieu des ruines

(5) Karl Marx « La morale de l’économie politique consiste à faire l’économie de la morale » mais aussi « la tutelle du bourgeois est autrement plus lourde que celle du noble »

 

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