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11/09/2013

Syrie : François Hollande privé de désert…

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La Syrie, tout comme Israël, l’Égypte ou la Corée du Nord, n’a pas signé la convention internationale de 1993 portant interdiction des armes chimiques. C’est un fait.

 

La Syrie détient un arsenal particulièrement considérable d’armes chimiques. C’est de notoriété publique. On peut supposer que les autres pays non signataires sont dans le même cas et je ne serais pas autrement étonné, pour ma part, s’il devait apparaître un jour que même des pays qui ont proscrit ce type d’armement s’en sont subrepticement munis. Ce sont des choses qui arrivent.

 

L’un des grands risques liés à la détention de n’importe quel type d’armes est la tentation de s’en servir. Israël, par exemple, bien que ne possédant pas officiellement la bombe atomique, n’a jamais caché, en cas de péril extrême, son intention d’y recourir.

 

Bachar el-Assad a-t-il, le 21 août dernier, donné à son armée l’ordre d’attaquer au gaz sarin la zone rebelle de la Ghouta ? C’est ce qu’il nie, sans emporter la conviction. C’est ce qu’affirme par exemple M. Laurent Fabius, sans en apporter la preuve. Il est possible que d’autres que le président syrien, dans son entourage, portent la responsabilité de cette entorse aux lois de la guerre, ce fléau qui n’a jamais connu de loi. Il n’est pas totalement impossible qu’il s’agisse d’un coup monté par l’opposition, et l’on ne peut qu’être choqué qu’une chape de silence ait été immédiatement posée sur les propos de l’otage belge libéré avant-hier, qui accuse formellement de ce forfait le camp rebelle, où ne manquent en effet ni les forcenés ni les manipulateurs ni les assassins.

 

Quoi qu’il en soit, François Hollande, fort du magistère moral que se donne si volontiers notre pays, seul dépositaire légitime du fardeau de la conscience universelle, avait décidé de « punir » le dictateur syrien qu’il désignait d’un doigt vengeur comme l’auteur de ce « crime contre l’humanité », et Barack Obama, bien qu’il répugne à se poser en gendarme du monde, lui avait à regret emboîté le pas. Les moyens dont disposent les États-Unis semblaient garantir le sérieux de la coalition franco-américaine et le passage effectif de l’imprécation à l’acte.

 

L’initiative de la diplomatie russe, reprise au vol par le gouvernement syrien, vient couper l’herbe sous le pied des fauteurs de guerre et renforcer opportunément au Congrès le parti de ceux qui ne voient pas pourquoi l’Occident s’ingérerait sans mandat dans les affaires d’un État souverain et interviendrait brutalement en faveur d’un camp et pour des intérêts qui ne sont pas les siens. Ce nouveau rebondissement fait reculer le spectre de complications internationales, et les belligérants pourront continuer à s’entretuer sous le regard des grandes puissances avec les moyens et les méthodes qui sont les leurs : avions, tanks, bombardements et pilonnages d’un côté, voitures piégées, mines, égorgements et décapitations de l’autre.

 

On imagine la déception du président français, frustré de ses rêves exotiques et glorieux, privé de désert en somme, lui qui espérait déjà, après le hors-d’œuvre syrien, s’attaquer en bonne compagnie au plat de résistance iranien. Le voilà contraint de revenir sur terre.

 

Signalons à François Hollande, pour le consoler, que s’il tient absolument à se mêler du conflit syrien, les Français et le monde comprendraient que, se conformant à une tradition séculaire de notre diplomatie, il se soucie enfin du sort des dernières communautés chrétiennes d’Orient, menacées d’expulsion, d’élimination ou d’éradication par les brigades internationales du djihadisme. Et puis, s’il lui reste un peu de temps et qu’il a un trop-plein d’énergie, s’il s’occupait un peu plus et un peu mieux de la France ? Tous les observateurs s’accordent à dire que, dans ce pays qui nous est proche, il y a beaucoup à faire…

Dominique Jamet

 

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