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12/07/2013

Ich bin ein JNR

Par Hannibal

 

 

Rivarol N° 3101 du 5 juillet 2013

 

John Kennedy, président nocif et minable, a pourtant laissé un souvenir, une phrase de quatre mots : « Ich bin ein Berliner ». Il n’était pas plus Berlinois que vous et moi, mais, face à la menace principale de l’époque, le totalitarisme soviétique, il s’était solidarisé avec les plus directement menacés. Suivant ce principe, nous devons dire aujourd’hui : « Ich bin ein JNR ». J’avoue mal connaître leur doctrine et leur personnalité (on ne connaît pas non plus tous les Berlinois), mais je m’en fiche, ils sont en première ligne, désignés, dénoncés, attaqués par la barbarie arc-en-ciel, le

totalitarisme mondialiste, et il faut les défendre, comme on défend son frère.

 

Arc-en-ciel : voyez le ramdam qu’ils font sur Mandela, ce vieillard qui rejoint dans l’acharnement thérapeutique Tito, Franco et Sharon, voyez comme Obama fleurit son apothéose en même temps qu’il applaudit la décision de la cour suprême des Etats-Unis invalidant la définition traditionnelle du mariage : les sept couleurs de la diversité raciale sont aussi celles de la diversité des orientations sexuelles, des genres, les sept couleurs de l’humanité “libérée” de la nature et de l’histoire, les sept couleurs aussi du Rainbow Warrior. Le mondialisme, en bon escroc, utilise tout ce qui est progressiste et sympathique au grand nombre. Il établit ainsi une synergie des subversions. Obama, qui a lu les bons auteurs trotskistes, sait que la révolution se fait aujourd’hui par les minorités : il pousse en même temps au mariage gay, au printemps arabe et à l’affirmative action. L’extrême droite, bien avant Camus et consorts, a discerné la politique de substitution des populations qu’on désigne aujourd’hui par le nom de « grand remplacement », mais je préfère aussi depuis longtemps le terme de « révolution des bernard-l’hermite », car l’invasion n’est qu’un des éléments d’une révolution plus vaste. Le remplacement des peuples s’accompagne d’un remplacement des civilisations. La confrérie de l’arc-en-ciel a aujourd’hui pour terre d’élection l’Amérique, il flotte sur la Maison-Blanche comme le drapeau rouge flottait jadis sur le Kremlin, et il faut en tirer les conséquences stratégiques.

 

Ce totalitarisme, l’espion Snowden le confirme, repose en partie sur un système d’espionnage beaucoup plus fin et performant que ne l’étaient les pauvres machineries de Big Brother. Mais il repose surtout sur l’assentiment de la société occidentale. C’est la dictature la plus heureuse qui soit, où chacun, ayant intériorisé les valeurs du tyran, se fait spontanément flic et juge à son service, c’est le totalitarisme participatif avancé. Notre vie publique est devenue un jeu de rôle très simple entre les Gentils et les Méchants. Les Gentils sont arc-en-ciel, les méchants sont noirs, et les méchants des méchants sont JNR. Ce jeu de rôle, ce théâtre moral, ce cinéma à thèse, cette propagande tétée par ceux qui en sont victimes, cette dialectique à deux balles, nous venons d’en voir un exemple sublime avec l’affaire Méric. Il faut l’analyser. Au premier juillet, on ignore ce qui s’est passé exactement, mais ce n’est pas grave : le récit qui en a été fait suffit à nous éclairer.

 

Le 5 juin dernier, le blog du Parti de gauche annonce la mort cérébrale d’un garçon de 18 ans, Clément Méric, dans une rixe. Peu après, on apprend, par l’ensemble des media, qu’à la suite d’une vente de vêtements, trois amis et lui ont été agressés par des “skinheads” qui les ont attendus « avec des renforts ». Clément « a été frappé par l’un des skins qui avait un poing américain et a chuté sur la chaussée en heurtant un plot au passage ». Il est vite précisé que Méric militait dans un syndicat et chez les “Antifas” : la rixe est immédiatement interprétée comme l’agression des gentils militants d’extrême gauche par des méchants militants d’extrême droite.

 

La presse ne sera pas uniformément lamentable. On trouve dans Tribune juive, Arrêt sur image, Le Nouvel Observateur, Causeur.fr , Fdesouche et même Le Monde un certain esprit critique. Mais dans l’ensemble, les rôles sont distribués conformément aux catégories mentales de l’extrême gauche.

Elles sont définies par Romain, militant antifa : « Si les gens ils pensent que nier la Shoah, les chambres à gaz ou qu’être antisémite ou islamophobe, c’est pareil que d’être pour l’égalité entre tous, d’être pour la justice sociale, bah alors c’est grave pour eux ». Autrement dit, ce n’est pas un acte qu’on juge, ce qu’on est, ce qu’on pense. Avant même que la lumière fût, le noir est méchant et l’arc-en-ciel est gentil. Telle est aussi l’opinion de Daniel Schneidermann : « ce n’est pas en qualité d’étudiant, que Clément Méric a été frappé. Militant d’extrême-gauche ? Attention à ne pas créer une fausse symétrie avec l’extrême-droite, renvoyant ainsi dos à dos agresseurs et agressés. »

Pourtant le patron d’Arrêt sur image invite à la prudence en attendant les résultats de l’enquête : mais, parce qu’il refuse toute « fausse symétrie », il a, contrairement à ses conseils, distribué les rôles d’agresseur et d’agressé. Il conclut cependant avec justesse : « Choisir ses mots, c’est choisir son camp. » Ses mots et ses images, par là son récit. C’est ce qu’a fait l’appareil médiatico-politique français.

 

Pour le montrer, commençons par les gentils. Le portrait d’un adolescent mignon et joufflu (« un visage de poupon ») a été répandu. Un « jeune homme plein de vie, qui aimait la musique et avait la vie devant lui ». « Un élève modèle tué pour ses idées » Un intellectuel, mention très bien au bac S, sciences-po, pas un bagarreur, soixante kilos tout mouillé, végétaliste. Pour finir, Clément se remettait d’une leucémie. C’est important. Malik Oussekine était sous dialyse. Cela pose en victime. On ne se demande pas ce que des gringalets malades viennent faire dans des bastons, on s’en sert comme de circonstance aggravante pour ceux qui les ont tués.

 

Les méchants sont donc peints lâches et brutaux. « L’homme faisait un mètre quatre-vingt-dix. Un de ses collègues avait un teeshirt FN ». Les agresseurs ont “encerclé” Clément et ses amis. « La victime a été violemment frappée par plusieurs skinheads ». “Lynchée”. « Tabassée à mort ». Ou, variante maligne (Ayrault), « brutalisée jusqu’à la mort ». C’était intentionnel, Mohamed Slimani, de l’action antifasciste Paris banlieue précise : « c’est une embuscade, un meurtre politique : les skins les ont reconnus, attendus à la sortie du magasin et les ont agressés ». Le « poing américain », vu par les amis de Méric, est là pour corroborer cette intention. Le drame s’écrit ainsi : violence préméditée versus victime surprise.

 

A Sciences po, des condisciples de Clément manifestent en sa mémoire. Une étudiante invite la police à faire vite, mais un lapsus dans l’Express produit l’inter suivant : « J’espère que la politique fera rapidement son travail ». Elle va le faire. Les politiques unanimes condamnent les « agresseurs » dans les termes les plus vifs. Un acte ignoble (Hidalgo), triste et révoltant (Raffarin), une agression barbare (Copé), un crime odieux qui témoigne d’une barbarie (Fillon). Marine Le Pen condamne ces « actes inadmissibles et insupportables » et « s’associe à la peine de ceux qui ont milité avec lui. » François Hollande « condamne fermement », Manuel Valls discerne tout de suite le « caractère politique » d’une « violence qui porte la marque de l’extrême droite ».

 

Ce caractère politique est exploité. Pierre Bergé, il n’est pas le seul, un ministre fera de même, lie l’extrême droite meurtrière à la manif pour tous qui aurait « libéré la parole ». Sans aller jusque là, Eva Joly estime : « Ceux qui mettent un signe “égal” entre l’extrême droite et le Front de Gauche doivent maintenant se taire. Et Caroline Fourest : « Nous allons vers un risque de radicalisation de l’extrême droite à la Anders Brevik. »

 

Si la rhétorique des media modernes interdit en général tout effet de manche et toute hausse de ton (le gentil se signale par son calme et son sourire), la réaction à “l’inacceptable” autorise une certaine emphase, le pathos antifasciste. Parfois, celui-ci prend le style de comices agricoles autour d’un jeune cadavre. Ainsi Faouzi Lamdaoui, conseiller de François Hollande pour la diversité affirme-t-il que « l’hydre fasciste essaime et multiplie ses têtes ». D’autres, comme Christine Taubira sur tweeter, cherchent à toucher l’affect de manière plus intime : « Clément, toute la vie devant soi. Puis l’effroi. D’avoir croisé haine et barbarie. Nos coeurs brûlent. » Yves Pozzo di Borgo, qui a pourtant la peau dure d’un vieux crocodile sénateur UDI, choisit de pleurer simplement.

 

Mais, quel qu’en soit le ton, cette rhétorique républicaine tend à un châtiment politique. Jean-Pierre Bel, président socialiste du sénat, appelle solennellement à punir les « crimes qui meurtrissent notre République », à se mobiliser contre « une idéologie qui constitue un véritable danger contre notre démocratie ». D’autres, en mode plus cool, tweetent : « Penser très fort à Clément, à sa famille, à ses amis. Se rappeler contre qui et pourquoi se battre. » Et cet autre : MJS : « Effroi et peine ce soir. Plus que jamais, demandons la dissolution des groupuscules d’extrême droite. » Jean-Marc Ayrault est à l’écoute : il engagera immédiatement la procédure pour les « tailler en pièces de façon démocratique ».

 

Manuel Valls l’a beaucoup aidé. Se fondant sur les accusations portées par les antifas qui affirmaient l’intention de tuer chez les « agresseurs d’extrême droite », il a parlé “d’assassinat”. De meurtre avec préméditation, donc. Un mot surprenant, certains témoignages établissant une rixe inopinée. Dans la foulée, dès le 8 juin, le procureur de la république de Paris, François Demolins, vient d’apporter de l’eau au moulin du ministre en ouvrant une instruction « pour homicide volontaire » contre Esteban Morillo, le principal suspect. Il avalise ainsi l’accusation portée par les antifas, et il ajoute : Méric aurait été frappé d’une « multiplicité » de coups, ce qui suggère, tous les dictionnaires en tombent d’accord, l’idée d’un grand nombre : voilà encore avalisée l’accusation contenue dans les mots « lynché, tabassé à mort ». Le procureur fait aussi état des « premières conclusions de l’autopsie », qui établiraient que la mort de Méric n’a pas été entraînée par un choc sur un plot lors de sa chute, mais par les coups portés à la face. Cela élimine l’accident, suppose l’extrême violence des coups et peut-être l’usage d’un poing américain, ce que l’information pour homicide volontaire suggère fortement : là aussi, la thèse d’extrême gauche, soutenue par le ministre, est nourrie par le procureur, à travers quelques mots apparemment neutres.

 

Le juge d’instruction ne va pas retenir l’intentionnalité, parce que lui tient compte des témoignages recueillis, notamment celui d’un vigile et du patron de Troisième Voie, Serge Ayoub. Manuel Valls sent-il qu’il est allé trop loin ? Il parle ensuite, en pleine contradiction avec lui-même, d’une « rencontre fortuite ». Mais l’affaire n’en semble pas moins pliée, aucun gauchiste n’a été mis en garde à vue, les crachats sont sélectifs.

L’établissement français, avec ses mots et ses images, a choisi son camp.

 

Or tout ce récit est au moins fortement contestable. Pour les faits, on le sait depuis le six juin par le témoignage des vigiles, celui de Serge Ayoub et peut-être par une vidéo. Pour les protagonistes, depuis bien plus longtemps. On sait par exemple qui sont les antifas et comment ils procèdent. D’après un membre interviewé anonymement par le Courrier Picard, ils laissent « le moins de chances possible d’exprimer leurs idées », les « empêchent d’avoir accès à des salles », ils « s’interposent physiquement ». Le site du collectif antifas Paris-banlieue comporte un “flyer” sur lequel un antifas flanque un coup de poing à un skinhead en guise de combat démocratique. Un autre raconte ses

descentes dans une cité habitée par les skins en Allemagne : « Il faisait nuit. Nous étions une centaine. Ils ont allumé un rétroprojecteur géant sur un immeuble de skins et un mec y a écrit : « Go antifa ». D’un coup, cris, hourras… C’était super fort. » On connaît aussi leurs actions contre la manif pour tous, leurs slogans, « pas de quartier pour les fachos », « une rafale », etc… On connaît leurs agressions, leurs exactions, leur brutalité. Au point que même l’administration que

dirige Manuel Valls les craint. Les « manifestations calmes et dignes » à la mémoire de Clément Méric tournent au vinaigre. Après un défilé près de l’Opéra auquel participaient le NPA, le Parti de Gauche, les anarchistes, l’Unef, la CGT, Attac, SOS homophobie et des antifas, de nombreuses vitrines ayant été brisées, et un immeuble où résident des partisans de la Manif pour tous dégradé, un préfet craint qu’on ne voie le retour des « black blocks », violents militants d’extrême gauche encagoulés et vêtus de noir. Plus grave, sur un site proche de l’action antifas Paris Banlieue figure une liste de photos de militants d’extrême-droite, dont Esteban Morillo, avec la mention, à la date du deux décembre 2012 : « besoin d’identification, please ». Si préméditation il y avait quelque part, c’est du côté de Méric et de ses amis. Et tout laisse à penser qu’ils ont attendu les fafs qui tentaient d’échapper à la bagarre.

 

Et Méric lui-même ? Outre ses engagements proprement politiques, il a fréquenté le kop Bauer des supporters du Red star, et, selon une information fournie par le gratuit 20 Minutes, en tant que membre d’Action antifasciste Paris Banlieue, il était connu des services spécialisés pour appartenir à un groupe de militants d’extrême gauche qui recherchaient la confrontation avec l’extrême droite, les JNR en particulier. Le jour de la rixe, d’après le vigile de la vente, « il voulait vraiment en découdre ». Il disait « Les fafs ne méritent pas de vivre ». Plus grave, l’agence Line Press le montre lors d’une perturbation de la manif pour tous. Il se trouve là en tant qu’agresseur, mais profite du service d’ordre de la manif pour se protéger de la police puis repasse de l’autre côté en jouant de sa bonne bouille d’adolescent. Un examen à la loupe de sa grosse chevalière éclaire ses intentions successives : tantôt il la porte chaton en avant, sur l’index, comme arme, tantôt il la retourne au creux de sa paume pour la cacher. Il a donc le double visage d’un agitateur de rue déjà roué : docteur Poupon et mister Antifa.

 

Bien que l’enquête se poursuivît et que l’on n’en sût pas plus, le sentiment majoritaire sur cette affaire était fixé jusqu’au 25 juin, où RTL fit les révélations suivantes : une vidéo de surveillance de la RATP, en possession de la police dès le six juin, aurait capté des images de la bagarre. Elle montrerait Esteban se battant contre deux adversaires, Clément se précipitant sur lui, dans le dos, « semble-t-il pour lui assener un coup », et le skinhead se retournant et le frappant du poing au visage. « L’image ne permet pas de dire de façon formelle si Esteban Morillo donne un deuxième coup, ni s’il a ou non un poing américain. » L’identité du meurtrier est en tous cas confirmée, tout comme l’hypothèse de la mort provoquée par un coup et non par la chute sur le bitume. Une fois à terre, le jeune militant ne reçoit pas de coups supplémentaires.

 

Il faut prendre avec précaution cette information, mais, si elle était vérifiée, elle réduirait à néant l’image répandue par la presse. Pas de lynchage, pas de battu à mort, pas d’encerclement , pas de victime innocente (Méric va au combat, attaque par derrière).

Le poing américain invisible à l’autopsie, le reste sur la vidéo. Il n’y a donc plus d’embuscade, ni d’intention homicide, ni d’acte lâche et odieux : une simple bagarre mortelle, comme il en arrive hélas plus qu’on ne le croit, et qu’on ne monte jamais à la une.

 

Cependant la réaction des media et des hommes politiques à cette pièce capitale va être bizarre, plus significative que la pièce elle-même. La première défense est de lui nier toute importance. « Qu’est-ce que ça changerait », se demande une source par Libération si Méric avait donné un coup dans le dos à Morillo ? Réponse : tout. Ce n’est plus une pure victime, c’est un combattant pas très correct. Un avocat estime pour sa part que la version de l’affaire montrée par la vidéo ne changera rien, sur le plan juridique. Mais sur le plan des faits, donc des responsabilités morales, cela change tout.

 

La deuxième défense est celle des amis antifas. Ils “maintiennent” leur version. Ce « n’est pas possible » que la vidéo montre ça. Ce déni a priori d’une réalité différente de leur témoignage s’accompagne d’un juridisme touchant chez ces gens d’extrême gauche. Chez Gilbert Bourdin, Camille X. remarque : « La vidéo est une pièce du dossier d’instruction, je ne sais pas comment un journaliste a pu la voir. » Comme si le secret de l’instruction n’était violé dans un millier d’affaires pendantes ! D’ailleurs, au six juin, l’instruction n’était pas ouverte.

 

La troisième défense porte sur la vidéo, sa provenance, son contenu, l’interprétation qu’on peut en faire. Dès le 25 juin, Paricia Tourancheau, dans Libération, affirme, d’après le témoignage d’un fonctionnaire anonyme, que la police « ne partage pas du tout l’interprétation » de RTL. D’après elle, la caméra orientée vers le trottoir « ne montre que vingt centimètres au-dessus du sol, c’est-à-dire les jambes des personnes ». Les enquêteurs n’ont donc pu voir que « des échanges de coups de pieds ». Esteban et Clément ne sont repérés que par leurs chaussures. Méric passe derrière Morillo : « Peut-être Méric donne-t-il un coup à Morillo lequel, en tout cas, se retourne. Et

Méric tombe par terre ».

 

 

Sur les faits qu’apporte la “correction” de Libé ? Le coup porté par Esteban n’est pas sûr. Pour le reste le film « prouve que le groupe d’extrême gauche a attendu longtemps les skinheads à côté de la station de métro pour en découdre ». Il confirme aussi que l’agression verbale vient des antifas « Clément Méric ayant été le plus provocateur », lançant entre autre : « On vous attend dehors ». Libération charge encore Méric.

 

Cependant, l’affirmation la plus forte, visant à discréditer « l’interprétation » de RTL, portait sur l’angle de la caméra et donc la nature des images. Or, dès le 25 juin au soir, RTL démentait Libé : « C’est une bagarre générale qui a été captée par cette caméra, qui n’a pas seulement filmé des pieds et des chaussures, mais des corps en mouvement et des visages. Son objectif n’enregistre pas au ras du bitume, mais va jusqu’à environ 1 mètre 50 de hauteur. »

 

Depuis, plus rien, sinon un filet de Politis daté du 26 juin citant ce communiqué attribué à la RATP : « Nous sommes sûrs que la vidéo ne provient pas de chez nous, assure la RATP, nous ne savons pas d’où elle peut venir. […] Nous n’avons pas le droit de filmer la voie publique. » Après cela, le silence est retombé sur l’affaire, au moins jusqu’au premier juillet inclus. Un silence étourdissant. Le choix du silence détermine un camp encore plus sûrement que celui des mots. Pourtant, de nombreuses questions restent sans réponse.

 

Sur la vidéo d’abord. Que montre-t-elle, les pieds, ou jusqu’à un mètre cinquante. D’où vient-elle ? De la RATP ou non ? Est-ce RTL ou Politis qui se trompe ? Pourquoi le reste des media n’a-t-il pas enquêté sur ces points ? Quand est-elle parvenue à la police ? Le 6 juin ou plus tard ? Si c’est tout au début, pourquoi l’enquête n’en a-t-elle pas fait état, ce qui aurait évité la manipulation politique ? Qui l’a vue ? Le procureur ? Le juge d’instruction ? Le préfet de police ? Le ministre de l’intérieur ? Le journaliste de RTL, ou ses sources ? Celles-ci sont-elles fiables ? Et celles de libération ? Le commissaire anonyme existe-t-il ? Prétendre que la réponse à ces questions ne changerait rien est une imposture. D’ailleurs, si cette vidéo ne prouve rien, comment peut-on écrire en même temps : « une chose est sûre, l’identité de celui qui a tué » ?

 

D’autres questions se posent. On a dit « de source policière » que Méric portait au moment des faits un protège-dents, ce qui indiquerait de sa part une préméditation de bagarre. Est-ce une info ou une intox ? Combien étaient les combattants de chaque côté ? Esteban est-il venu en renfort comme l’ont prétendu certains ou était-il là au début ? Y avait-il dans le groupe de Méric un « antifa dur à cuire » chargé de le “cornaquer” comme l’affirme Causeur.fr ? Qui a commencé la bagarre ? Les skins ont-ils appelé la sécurité pour éviter la bagarre ? Une fois ? Deux fois ?

 

Ces questions fournissent une ample matière à enquêtes, chroniques, papiers de fond. Or, depuis le 25 juin, c’est le silence radio. Un silence d’autant plus surprenant que l’ensemble des media a choisi dès le départ de monter cette affaire à la une, ce qu’elle ne méritait pas, et à gonfler sans mesure les protestations de l’extrême gauche et la condamnation du système politique unanime. Il était donc nécessaire, pour un journaliste digne de ce nom, de suivre l’affaire, tant du point de vue intellectuel que du point de vue moral. De la réponse à ces questions, et à quelques autres, dépend finalement un récit plausible des faits et l’appréciation qu’on peut en faire. Se retrancher subitement derrière le secret de l’instruction ou la nécessité de laisser la justice faire son travail est une mauvaise défaite. Si les choses se sont passées tant soit peu comme le disait Ayoub le 7 juin, ce que semblent corroborer le témoignage des vigiles et la mystérieuse vidéo, alors les media dans leur ensemble se rendent coupable d’une manipulation politique, dont le procureur François Molins a été l’une des cheville ouvrières les plus actives. Ce juriste politique (il fut directeur de cabinet de Michelle Alliot-Marie), ce carriériste prévoyant, il s’était fait nommer avocat général à la cour de cassation au cas où, est aussi un homme souple. Il engendre des questions sérieuses : sur quoi s’est-il fondé pour ouvrir une information pour homicide volontaire ? Sa décision est du huit juin. Or, à cette date, on disposait de la version Ayoub, de l’audition des prévenus, de témoignages de vigiles, et peut-être de la vidéo. Ou bien tout ce qu’on raconte est faux, ou la décision prise vient cadrer miraculeusement la campagne politique en cours.

Molins a invoqué les premiers résultats du rapport d’autopsie. Mais que dit ce rapport d’autopsie ? Comment a-t-on pu être si sûr si vite que la mort était due aux coups de poings, et à rien d’autre ? Plus, étant donné le caractère sensible de l’affaire et la controverse en cours (vigiles, vidéo et Ayoub donnaient une version très différente), un professionnel sérieux et impartial ne devait-il pas demander une contre-expertise ? Pourquoi la grande presse n’a-t-elle pas tenté de se procurer le rapport d’autopsie, d’en avoir au moins des fuites ? Où sont les journalistes d’investigation ? Et pourquoi, au moins, n’a-t-elle pas posé les questions que je pose ?

Son silence est celui, impardonnable, des complices de la propagande d’Etat. J’accuse neuf de mes confrères sur dix d’être de simples lavettes. Ils ont rejoint en silence le camp de l’insignifiance et de l’oppression, le camp des menteurs déguisés en moralistes. Le camp de l’imposture arc-en-ciel. Le camp des antifas qui courent toujours pendant que deux noirs, dont Esteban, sont en prison, et que cinq sont inculpés. Le camp du mépris, ce mépris si caractéristiques des petits intellectuels bourgeois pour le prolétariat qui ne gobe pas leurs salades. Le camp des petits saints hypocrites. Je préfère celui d’Esteban. Ich bin ein JNR.

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